Something about Marie

J'ai passé tout 2004 à polluer mon entourage de mes considérations oiseuses. 2005 est l'année de l'élargissement : je pollue la toile !

04 août 2005

Secrétaireuh de Directiooooon, je suis secrétaireuh de Directioooon...

Y'a pas à dire, je suis très fan de l'évolution des moeurs ! Elle vient de m'attribuer, pour remplacer ma secrétaire-chignon-tailleur-chaussures méphisto partie s'occuper de son jardin et de son club de bridge, un grand gars bien barraqué aux yeux myosotis.
Benjamin se présente au téléphone comme mon assistant personnel... Je sens que je vais avoir grand besoin d'assistance dans les prochaines semaines...
Dieu bénisse la pré-retraite et les biscottos sous les chemises Paul & Joe.

Des bises, rhhaa, oui, plein de bises partout partout, je me sens toute émoustillée !!

Marie

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25 juillet 2005

Ouh, qué sale bête !

J'ai incité Sandrine à écrire des grossièretés sur le tableau blanc du chef suprême, alors que j'avais remplacé les feutres effaçables à sec par des marqueurs permanents.
J'ai volé un papier à en-tête des ressources humaines pour envoyer un faux courrier à Jeanne, qui passe des plombes en coups de fils perso, lui indiquant qu'elle était redevable d'une note de téléphone d'un montant astronomique et que cette somme serait déduite de son prochain salaire.
Je n'ai pas dit à Fathia que sa serviette hygiénique, sous son pantalon moulant, se voyait comme le nez au milieu de la figure.
J'ai rempli le réservoir de la machine à expresso avec l'eau des toilettes quand Sophie m'a demandé de la rejoindre en réunion et d'en profiter pour lui apporter un café.
J'ai raconté à toute une tablée et d'une voix de stentor que Mélanie ne se lavait jamais les mains après avoir fait caca.
Je n'ai pas laissé les 9 messages urgents de son amoureux transi à Audrey.
J'ai fait croire à Nelly qu'elle était convoquée aux ressources humaines, en pleine période de remaniement du plan salaire.
J'ai refusé d'accompagner Céline chez le dentiste ; elle a dû y aller et en revenir à pieds, après une anesthésie et deux arrachages de dents de sagesse.
Tout ça en une journée. Il faut que mon fils revienne vite parce que je suis proche de la psychopathie...

Des bises, si si, approche, au début ça va piquer un peu mais tu ne sentiras rapidement plus rien...

Evil Marie

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29 juin 2005

L'acide lactique rend amnésique

Ne pas penser aux deux jours à venir ... juste sentir l'air saturé brûler mes bronches à l'acide.
Ne pas penser aux 27 soirs où je ne pourrais pas embrasser mon fils, pour cause de partage équitable des vacances ... juste me concentrer sur le balancier de mes bras.
Ne pas penser aux sombres couloirs du Tribunal d'Instance à arpenter le 4 juillet à 16h30 ... juste calquer le rythme des foulées sur celui de la ligne de basse.
Ne pas penser à la jolie pile bien rangée de factures non acquittées qui s'amoncellent sur mon bureau ... juste sentir la poussière du chemin voler sous mes talons.
Ne pas penser à celui qui voudrait bien mais ne peut point, hésite, lanterne et tergiverse ... juste compter deux expirations pour une inspiration.
Ne pas penser à la moitié de moi qui manque, de l'autre côté de ce foutu couloir de flotte ... juste laisser la sueur me couler dans les yeux et entre les seins.
Ne pas penser qu'il y a déjà 5 ans aujourd'hui, Le Nathasamère me laissait le bas ventre en capilotade et éclairait sur son passage toute l'existence d'une lumière aveuglante ... juste me saouler de fatigue et d'endorphines.
Et courir comme si j'avais le diable en personne aux trousses ... juste courir jusqu'à ce que la boule dans ma gorge se dissolve dans l'acide lactique.

Des bises

Marie

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19 juin 2005

Tatie Danielle ? Pfff, petite joueuse !

Quand j'étais petite fille, je piquais des groseilles à maquereaux dans le jardin du voisin. Ces petites boules vertes, je tremblais avant de les mettre sur ma langue ; je les prévoyais terribles et elle se révélaient chaque fois pires. Leur acidité me faisaient monter les larmes et me tordaient immanquablement l'estomac. Et pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher d'en manger.
J'ai encore fait le coup des groseilles, aujourd'hui...
Quand ma grand-mère a appelé pour que je l'emmène en courses, je savais que j'allais vivre un après-midi d'enfer. Mais j'ai dit oui quand même.
Le temps d'aller la chercher, vers 14 heures, Le Nath et moi avions déjà à moitié cuit dans la voiture. J'ai sonné à l'interphone ; elle a répondu qu'elle descendait. Ce qu'elle a fait 15 minutes plus tard. Suffisamment pour que mon fils prenne une jolie teinte cramoisie et que ma langue double de volume. Le thermomètre extérieur marquait 37°. A peine descendue, elle est remontée chercher ses lunettes de soleil, oubliées sur le meuble de l'entrée et n'est redescendue que 10 minutes plus tard. Capital patience un peu entamé...
En chemin vers le centre-ville, elle s'est montrée volubile. Tout y est passé : mon nez percé, les cheveux trop longs de mon fils, la poussière sur le tableau de bord, l'imperceptible petit bouton sur mon front, mon divorce... 20 minutes de diarrhée verbale discontinue. Capital patience réduit de moitié...
Comme toute la population nord Seine-et-Marnaise s'était donné rendez-vous là, il a fallu tourner un moment avant de trouver une place de parking. Elle a décidé qu'elle descendrait de voiture pour m'aider à faire ma manoeuvre. Moi qui suis la reine incontestée du créneau, de la voir gesticuler comme un agent de piste au milieu de la chaussée et manquer d'éborgner trois passants, ça m'a complétement déconcentrée et j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois. Elle a commenté le fait que mes pneus avaient frotté contre le trottoir pendant 10 minutes. Capital patience pompé au trois quarts...
Elle s'est mis en tête d'acheter des chaussures à mon fils. mais comme elle ne trouvait pas exactement ce qu'elle voulait, il fallu se farcir tous les magasins de la rue piétonne et faire essayer au pauvre Nath une bonne centaine de paires différentes. Et toute plus affreuses les unes que les autres. Elle a trouvé que finalement, la première paire du premier magasin valait le coup qu'on fasse tout le chemin en sens inverse. Le pauvre gamin a dû dire merci mémé, qu'elles sont jolies mes nouvelles sandales de touriste allemand
marron caca d'oie. Capital patience quasi épuisé...
En chemin vers le supermarché, on a rencontré 3 de ses connaissances. A raison de 20 minutes de conversation (et on n'a plus de saison, et ils nous détraquent le temps avec leur nucléaire, et tous ces étrangers qui mangent notre pain, et de notre temps c'était tellement mieux...) avec chacune sous un cagnard de plomb, le Nath a eu le temps de se liquéfier sous sa casquette et moi, de me laisser submerger par mes envies de meurtres. Capital patience dans le rouge - danger...
Au supermarché, elle a commenté la qualité et le prix de chacun des produits qu'elle entassait dans son chariot. Puis, elle a engueulé le commis aux légumes comme du poisson pourri, parce qu'il essayait soi-disant de lui refiler des tomates blettes. J'ai bien cru qu'il allait lui envoyer une mandale, mais le voir se contenir m'a redonné du courage. A la caisse, elle m'a envoyée lui chercher du beurre, puis du sopalin, puis du vinaigre, puis reposer le beurre. Emprunt sur 10 ans pour renflouer le capital patience...
J'ai dû me fader les 12 sacs de courses à porter jusqu'à la voiture, toujours sous une chaleur écrasante. J'en garde des bras un peu plus longs qu'avant et des crampes dans les épaules. Quand elle a fait mine de s'arrêter pour regarder les vitrines, j'ai continué à marcher en serrant les dents et je me suis fait traiter d'ingrate ; elle qui venait de se fendre d'une splendide paire de chaussures pour mon fils, je pouvais quand même faire preuve d'un peu de reconnaissance ! Là, c'est le mot "machette", qui m'est venue en premier à l'esprit. Patience ? Qu'est-ce que ça veut dire, patience ?
Sur le chemin du retour, elle avait sa bouche toute pincée et elle n'a rien dit du tout. J'ai fait quelques exercices de zen et tenté de me raisonner. Après tout, elle est vieille et seule. Elle nous aime mais ne sait pas comment le montrer. Elle a vécu des choses terribles qui ont dû l'endurcir...
J'ai remonté ses 25 kilos de courses au troisième étage (sans ascenseur) et l'ai aidée à tout ranger dans les placards. Quand il a été l'heure de partir, elle m'a dit : "Tout de même, je ne te demande pas grand-chose, m'emmener faire les commissions une fois de temps en temps. Tu pourrais le faire avec moins de mauvaise grâce !"

Je vous remercie tous de vos nombreuses suggestions pour m'aider à retrouver le sommeil, mais je crois que mémé viens de vous coiffer au poteau. Une journée de magasinage avec elle et je me sens prête à dormir pendant 24 heures d'affilée.

Des bises

Marie

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11 juin 2005

Ballade irlandaise

Viens, on ouvrirait la capote de la voiture et on taillerait la route.
Viens, l'air serait chargé du parfum de la terre humide et on n'aurait pas assez de nos bras pour embrasser le vent.
Viens, ton bras autour de mon cou et ma tête sur ton épaule, on regarderait défiler les chemins pierreux.
Viens, on ne dirait rien, on ne ferait qu'écouter la musique qui prélude aux vacances.
Viens, on oublierait les téléphones, on y serait pour personne.
Viens, on avalerait les kilomètres et on laisserait derrière le laid et le sale.
Viens, quand on aurait faim et soif, on s'installerait dans l'herbe pour y tendre la grande nappe à carreaux rouge et blanche ; on y s'y gaverait de fruits, de vin rosé et de baisers.
Viens, je mettrais mes pieds sur le tableau de bord et je me laisserais bercer par les lacets de la route.
Viens, on tremblerait chaque fois qu'au détour d'un virage, on croiserait un camion de bétail, sur le chemin étroit qui mène au village.
Viens tu chanterais à tue-tête par dessus l'autoradio et ça me ferait râler.
Viens, on jouerait à  "le dernier qui voit la mer offre la première pinte" et je te laisserais encore gagner.
Viens, on arriverait au crépuscule et la maison surgirait de derrière une colline, comme à chaque fois, quand on croit qu'on s'est perdus et qu'on s'apprête à faire demi-tour.
Viens, la clé aurait du mal à tourner dans la vieille serrure et la porte ferait un boucan du diable, réveillant le vieux chien.
Viens, tu ferais un feu dans la cheminée pendant que je tends le lit de rudes draps de flanelle blanche.
Viens, on écouterait les bruits de la nuit, la mer qui lèche le mur du jardin, le grand-duc qui se plaint à la lune et les brindilles humides qui crépitent dans l'âtre.
Viens, on serait bien, allez, viens.

Des bises

Marie

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09 juin 2005

Bientôt...

Le soleil frappe au carreau  et comme je ne lui réponds pas, il se faufile et caresse doucement mon bras. L'été avance à pas de loup ; bientôt, on sirotera le panaché aux terrasses, mon caméléon de fiston prendra sa couleur caramel et les fenêtres resteront béantes sur la nuit moite. Bientôt, je m'abandonnerai benoîtement à la joie des beaux jours revenus.

J'ai bouclé mon budget. Le dossier s'est refermé définitivement sur 2 mois de réunions houleuses et d'heures supplémentaires non-payées. C'est du bel et bon travail. Bientôt, j'en lèverai haut le menton d'une légitime fièreté.

J'ai choisi cette petite robe bleue pour qu'elle souligne la couleur de mes yeux. Ses manches fluides dissimulent parfaitement les toutes nouvelles rondeurs de mes épaules trop blanches. L'effet est garanti aux feux rouges et au réfectoire. Bientôt, je me sentirai légère, portée par les regards qui convergent vers moi.

J'ai un nouveau billet d'Eurostar tout neuf, qui porte les même dates qu'une nouvelle grosse fête Londonienne. Là, m'y attendront des doux, des drôles, des beaux, des qui m'aiment et tous ensemble, nous communierons dans l'insouciance de ceux qui se contentent de ce grand peu. Bientôt, je trépignerai puérilement et battrai des mains d'impatience.

Il y avait un message chaleureux et prometteur dans ma boite. Milousette a parié sa chemise en soie sauvage que c'était un chic type. Ses mots sont autant de petites gouttes fraîche de rosée sur les noeuds de mes nerfs. Il semble si proche qu'en tendant loin mon bras, je pourrais presque toucher ses doigts. Bientôt, je danserai la gigue et oublierai les promesses solennelles lancées au ciel, un soir de désespoir.

Mais pour l'instant, tout en moi est tendu vers l'enveloppe oblongue qui trône, depuis hier, sur la table du salon. Je ne l'ai pas ouverte ; je n'ai même pas besoin de la regarder. Je sais déjà qu'elle contient le début et la fin, la peur et le soulagement, ce que j'attends depuis si longtemps mais que je redoute plus que tout.
Elle contient l'impersonnel courrier du Juge aux Affaires Familiales, qui nous convoque à la dernière audition. Bientôt, je serai officiellement divorcée.

Des bises

Marie

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29 mai 2005

Pro (de) positions indécentes

Dans le grand programme de reprise en main générale, il y avait déjà l'abandon définitif de tout aliment ne se cuisant pas à la vapeur et des ascenseurs et monte-charges, l'auto-motivation devant la petite jupe en soie taille XS qui me faisait le plus joli cul de la terre l'année dernière et dans laquelle je suis à peine capable de rentrer une cuisse cette année, mais ce n'était pas suffisant. Force m'a été d'inclure un peu d'exercice physique. Pour ceux qui me connaissent, voilà encore une bonne occasion de se gondoler derrière leur écran, Milousette profites-en bien dans 3 jours je t'ai sous la main pour te faire ravaler ton impudence. C'est un fait, je hais le sport. Et les sportifs à l'occasion, ça, c'est une autre histoire.
Mais là, ça devenait urgent. Les épaules potelées peuvent être considérées comme un atout de charme jusqu'à l'âge limite de 4 ans ; au mien, c'est prendre le risque d'être prise pour Sophie Favier en phase boulimique. Et ça, je ne peux pas me le permettre.
Je me suis donc laissée entraîner vendredi soir par Edwige, grande adepte des pratiques orientales, dans un cours de yoga pilate, qui devait m'ouvrir les portes, en plus de celles du zen intégral façon Gandhi en promenade au bord du Gange, de la fibre musculaire longue. A moi donc les jambes de Cyd Charisse. Quoi ? Oui, bon, Estelle Hallyday, si vous voulez, on a les références qu'on peut.
Edwige a estimé que mes 15 années de danse classique me permettraient de suivre une classe "avancée". Quand j'ai vu mes congénères à l'échauffement, j'ai été prise d'un doute, subitement. Pas seulement dû au fait qu'elles étaient toutes gaulées comme des trous de nouilles et qu'elles me dépassaient de 20 bons centimètres.
Puis, le maître yogi est entré. Non, pas maître Yoda, andouille. Le maître Yogi, c'est le grand Master of Ceremony de la classe de yoga. Et celui-là n'avait rien de la crotte de nez aux grandes oreilles sus-nommée : quand il est entré, j'ai béni le ciel que les femmes ne puissent pas avoir d'érection. Bon, en revanche, c'est sur, j'ai bavé abondamment sur mon tapis de prière de sol.
Et là, c'était la fin de la partie agréable, parce que je ne sais pas ce qui lui a pris, au type, mais il a viré tortionnaire de prison chilienne, tout à coup, j'en suis pas revenue. "Premier exercice", qu'il a braillé ; toutes les minettes se sont mises en position foetale, comme un seul homme. Moi, évidemment, j'avais encore la bouche ouverte et les sourcils au ras de la frange, qu'elles entamaient toutes la deuxième position : une espèce de tentative de se plier en trois en faisant toucher ses genoux au sol par-dessus les épaules.
J'ai suivi tant bien que mal, toujours avec un léger (trois positions) temps de retard. A chaque fois qu'il en avait l'occasion, le colonel Tapioca venait gentiment m'appuyer de toutes ses forces sur tout ce qui dépassait. j'ai mis mes doigts de pieds dans l'oreille du côté opposé ; j'ai réussi à faire plier mon bras vers le bas ; j'ai fait tourner ma tête à 180° dans le sens inverse des aiguilles de la montre d'un dyslexique ; j'aurais pu me lécher le coude, même, si l'autre kapo ne m'avait pas rappelée à l'ordre, comme quoi on n'était pas chez Bertillon, ici.
Bref, au bout de 2h30 de ce régime (totalitaire), on a enfin eu l'autorisation d'aller boire un verre d'eau et de remettre nos vêtements. Ça m'a pris 25 minutes pour enfiler mes chaussettes, tellement j'avais mal absolument partout.
Et bien vous me croirez si vous voulez, mais ce fut pire le lendemain (hier, donc, je précise parce que je sens que vous faiblissez, là). Et aujourd'hui, je me suis traînée à quatre pattes toute la journée et je pense que je ne vais pas tarder à succomber. Sans nouvelles de moi dans les quarante huit heures, soyez gentils de prévenir les secours : c'est que je suis restée collée au carrelage.

Des bises

Maïe-aïe-aïe-rie

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25 mai 2005

Time flies

Ce matin, dans le miroir de l'entrée, j'ai aperçu une inconnue. A première vue, elle me ressemblait bien un peu ; les mêmes cheveux épaissement blond lui frisottaient autour de la figure, l'oeil maussade regardait bleu sous le sourcil sévère.
Mais en approfondissant l'examen, j'ai trouvé à cette jumelle tout un tas de dissemblances.
Sa taille était plus épaisse, c'est indéniable. Oh, rien dont il faille rougir ! Juste un léger tassement, qui fait paraître les hanches moins marquées, la silhouette moins ancrée.
Ses épaules avaient la même blancheur laiteuse que les miennes, mais on eut dit qu'elles avaient cédé quelques centimètres au poids des soucis. Ou des ans, il faut voir. Les cheveux, que j'avais vu blonds au premier abord, étaient semblables en tous points au sable qui bordait la plage de mon enfance ; ternes, rèches, brûlés par le froid et battus par le vent. Ses mains, aussi courtes que les miennes n'en avaient pas la finesse, ni les fossettes enfantines à la base de chaque doigt.
En m'approchant encore, j'ai noté que son visage aussi, différait sensiblement du mien. Si mes cernes ourlent harmonieusement mon regard hésitant de myope, les siennes étaient  creusées et cerclaient de violet un regard désabusé. Si mes pommettes saillantes sont le triomphant héritage du passage des cosaques dans l'existence d'une quelconque aïlleule, les siennes taillaient sa figure à grands coups de serpe et faisaient s'enfoncer un peu plus ses petits yeux brillants. Les coins de sa bouche pointaient vers le bas, tordant son sourire en plis amers.
Alors j'ai détourné mon regard, parce que cette inconnue ne m'a pas plu. Il faudra que je pense à décrocher le miroir...

Des bises

Marie

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23 mai 2005

Oups, I did it again...

Il est là, assis en face de moi. Il gesticule et parle fort. Ce qu'il me dit est hyper important, je le sais, mais tout ce que j'entends, c'est blablablablablabla.
J'ai payé ces billets la peau de mes fesses, c'est dire vu le prix au kilo. C'est LE concert de la décennie et j'attendais cette soirée avec l'impatience du peuple élu pour le Messie. Pourtant, tout ce qui me parvient de la scène, c'est flouboudouboudoub.
Il sort un Ngaio Marsh toutes les années bissextiles et je suis fan depuis l'adolescence. Je suis calée sur 3 oreillers moelleux, mon Lapsang Souchong fume sur la table de chevet et j'ouvre enfin ma merveille. Au bout de quelques lignes cependant, je ne lis que hfhpuizepiampaenpinfap.
Je laisse cramer les frites, je n'entends le Nathasamère qu'au huitième et tonitruant appel, je provoque des bagarres générales aux feux rouges et j'ai bloqué ma boite mail à force d'y laisser s'entasser les messages sans y répondre. Je suis loin, loin, loin. Je suis vide, vide, vide.
Le diagnostic est implacable. Je suis amoureuse.
Oooh, oui, ben vous pouvez y aller, hein. Marrez-vous, 'faut pas vous priver. Aha, elle faisait sa fière ; elle disait qu'elle n'aimerait plus jamais ; c'était fini, tout ça, croix de bois croix de fer ; elle allait reprendre le contrôle de son coeur et de son âme. Mon cul, oui. Je suis amoureuse, je vous dis.
Mais attention, pas amoureuse avec tirage de plans sur la comète, excitante anticipation et chabadabada sur le travelling de fin. Non, non, amoureuse sans espoir. L'objet du culte est maqué au carré, légitime et clandestine. Pas de place pour moi. Je ne suis même pas sure qu'il ait pris conscience de mon existence.
Nous en sommes restés comme deux ronds de flancs, mon ego et moi.

Des bises

Marie

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13 mai 2005

Marie in the Sky with Diamonds

Cette réunion traînait en longueur ; je savais que je ne tiendrais pas la distance.
J'ai deconnecté subitement. Les voix se sont assourdies, tout s'est ralenti, les visages se sont allongés et déformés. La pièce a tourné quelques instants, juste assez pour que tout se noie dans un joli salmigondis de couleurs. Les murs se sont ecartés, puis ont disparu et les hautes forêts rouges du Nouveau Brunswick ont émergé du néant.
Mon fauteuil a décollé et j'ai survolé ma terre. L'air glacial fouettait durement mes joues rougies ; ça sentait bon les bois humides et l'orage du début de l'automne. J'ai fermé un peu les yeux, parce que le vent et la joie d'être de retour leur arrachaient de grosses larmes brûlantes.
Les arbres défilaient sous moi. De temps en temps, quelque gros oiseau rejoignait ma promenade, volait à mes côtés et décrochait pour finir en petit point sur l'horizon.
Quand le froid est devenu vif, je me suis réchauffée à nos éclats de rires et à nos jeux bruyants d'enfance ; j'ai ramené sur mes épaules les pans chaleureux de mes souvenirs.
Au loin, j'ai vu ma maison blanche, au bord de la rivière. En plissant les yeux, j'aurai pu compter nos vieux joujous traînant sur le sable. En me penchant un peu, j'aurai pu caresser les cheveux de mon père, arquebouté sur sa vieille Norton.
Mais j'ai continué mon vol.
J'ai entendu le murmure des érables, écouté leur chanson triste qui pleure un autre été finissant. J'ai reçu sur le visage leurs larmes brillantes, comme autant de petits diamants.
J'étais bien, planant au-dessus de ma chère image. J'embrassais d'un regard des milliers d'hectares de bonheur perdu.
Mais il en va des rêves comme des enfances heureuses, tout prend fin brutalement et l'on se réveille perdu, triste et apeuré.
La réunion était finie.

Des bises

Marie

nb

Posté par mapril à 18:09 - Je vais bien, tout va bien... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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