12 septembre 2005

Le thé rue Georges Mandel ou y'a pas de mal à se faire du bien

Elle saisit l'anse d'une tasse Wedgewood fine comme du papier cigarette entre le pouce et l'index. Son autre main repose bien à plat sur sa cuisse - une main splendide, cinq ongles rouge sang de forme parfaite, de la caillasse de prix jusqu'à la première phalange de l'annulaire. Du coup, je fourre mes moignons rongés jusqu'au sang sous mes genoux, de peur qu'elle en vomisse ses scones.
Tout en elle est élégant. Pas un pli sur son corsage, pas un cheveu sortant de son chignon. Sa voix est posée, ses gestes gracieux, ses yeux impeccablement maquillés. Je ne réponds à ses questions mélodieuses que par onomatopées, parce qu'en comparaison, je coasse. En plus, j'ai la bouche pleine de ses délicieuses pâtisseries.
Parce qu'elle est excellente cuisinière. Et son intérieur est parfaitement tenu. On mangerait par terre, mais ce serait dommage, quand la porcelaine est si belle. Au salon, rien d'ostentatoire ; la table à thé assortie à la méridienne, le tapis d'Iran, le Ming en vitrine. Si je passais mon 50m² au chalumeau, j'aurais peut-être une chance d'échapper à la honte de la faire venir chez moi.
Sa conversation est raffinée, ses assertions appropriées. Elle a des idées passionnantes et on pourrait l'écouter des heures.  Elle a le bon goût de ne pas rire de ses traits d'humour. Moi non plus, je ne ris pas ; j'ai des morceaux de myrtilles entre les dents.
Son regard s'illumine quand son époux nous rejoint. Il l'embrasse sur le haut du front et elle ferme les yeux de contentement. Elle le laisse parler, il l'écoute attentivement en hochant fièrement la tête, elle remplit sa tasse avant qu'il ne la tende, il se lève en même temps qu'elle quand elle part à la cuisine. Je m'efforce de ne pas penser aux cris, aux injures, à la vaisselle qui volait, aux portes qui claquaient et à la dernière gifle qui m'a laissée à moitié sonnée dans la salle de bain.
Sur la cheminée, trône, dans un joli cadre marquetté, la photo de leur dernière réunion de famille. Les cousins, les grands-oncles, les jeunes et les vieux se tassent sur le perron de la maison familiale pour tenir dans le champs. Il sourient, ils se tiennent qui par les épaules, qui par la taille. On devine qu'il ont passés tous leurs étés ensemble, que les repas du dimanche ont résonné des cris, des rires et des conversations animées. A notre dernier repas de famille, après l'enterrement de mon oncle Bernard, j'ai versé le contenu de mon assiette sur les genoux de ma cousine Céline, cette grosse conne. Ça a fini en bataille rangée.

Et soudain, la jeune fille au pair apparaît, traînant à sa suite le petit Paul. Mais putain, qu'est-ce que son fils est MOCHE !!!

Des bises,

Marie

Posté par mapril à 01:53 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur Le thé rue Georges Mandel ou y'a pas de mal à se faire du bien

  • L'honneur est sauf.

    Et puis, toute apparence trop parfaite cache trop de choses derrière.

    Posté par barnabé, 12 septembre 2005 à 10:50 | | Répondre
  • clair

    ca cache toujours des trucs pas tres nets...

    Posté par maman de sushi, 12 septembre 2005 à 11:14 | | Répondre
  • Ou encore : l'art de se faire des ami(e)s

    Posté par philippe, 12 septembre 2005 à 11:50 | | Répondre
  • Nobody's perfect...

    ...but me. De toute facon, j'aime pas les gens parfaits, je dois faire une allergie

    Posté par DDrimene, 13 septembre 2005 à 20:03 | | Répondre
  • Trop parfait. Beurk, j'vais vomir.
    Heureusement qu'il y a Paul! *phew*

    Posté par Tippie, 14 septembre 2005 à 18:16 | | Répondre
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