Something about Marie

16 septembre 2005

The end

Oui, j'ai supprimé la note précédente. Elle n'était ni constructive, ni bénéfique.
C'est également ce que je prévois de faire pour ce blog, qui ne remplit plus, à mes yeux, le rôle que je lui avais dévolu.
C'aurait dû être mon espace intime, mon coin de toile à moi, mon ticket pour l'émancipation. J'aurais dû être en mesure d'y écrire tout ce qui me passait par la tête sans avoir à me préoccuper de la réaction de Pierre, Paul ou Berthe. Il me tenait pourtant à coeur, mon joli carnet virtuel. Mais il est devenu, pour trop d'indiscrets, de mal intentionnés, un petit bout de lorgnette par lequel me juger, encore et toujours. Et je m'en suis servie pour la première et la dernière fois à très vilain escient.
Je souhaite qu'il renaisse un jour de ses cendres, sous une forme différente, loin des regards familiers. Gentil lecteur, tu peux, si tu le veux, m'envoyer un petit message à l'adresse ci-contre et je te tiendrai bien volontiers au courant de mes nouvelles coordonnées. Je pourrais sans te perdre, parce que tu m'es cher, aller voir ailleurs si j'y suis. Tu m'y rejoins ?

Des bises, pleins, des tendres pour la Belette, des poilues pour mon préféré, des grandes comme ça pour Zacki, des parfumées à la poutine pour Zeugme, 10 pour zéro, des gros poutoux pour Abraham Kadabra, des trop injustes pour C4l1, des filiales pour M'amère, des sororales pour Eulalie, des Néerlandaises pour Tippie, des japonaises pour Maman de Sushi, des doubles pour Doublemum, des éthyliques mais littéraires pour Albert qu'à Bu, et puis d'autres encore, par millions pour Barnadé, FoM, Elle, L_isa, Rainette et tous ceux et celle qui m'ont accompagnée jusque là et qui me suivront (sivouplé...) autre part.

Je vous aime ben gros.

Marie

PS : Celles que je réserve à Ataraxie, je ne les mets pas là, elles sont grave censurées

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12 septembre 2005

Le thé rue Georges Mandel ou y'a pas de mal à se faire du bien

Elle saisit l'anse d'une tasse Wedgewood fine comme du papier cigarette entre le pouce et l'index. Son autre main repose bien à plat sur sa cuisse - une main splendide, cinq ongles rouge sang de forme parfaite, de la caillasse de prix jusqu'à la première phalange de l'annulaire. Du coup, je fourre mes moignons rongés jusqu'au sang sous mes genoux, de peur qu'elle en vomisse ses scones.
Tout en elle est élégant. Pas un pli sur son corsage, pas un cheveu sortant de son chignon. Sa voix est posée, ses gestes gracieux, ses yeux impeccablement maquillés. Je ne réponds à ses questions mélodieuses que par onomatopées, parce qu'en comparaison, je coasse. En plus, j'ai la bouche pleine de ses délicieuses pâtisseries.
Parce qu'elle est excellente cuisinière. Et son intérieur est parfaitement tenu. On mangerait par terre, mais ce serait dommage, quand la porcelaine est si belle. Au salon, rien d'ostentatoire ; la table à thé assortie à la méridienne, le tapis d'Iran, le Ming en vitrine. Si je passais mon 50m² au chalumeau, j'aurais peut-être une chance d'échapper à la honte de la faire venir chez moi.
Sa conversation est raffinée, ses assertions appropriées. Elle a des idées passionnantes et on pourrait l'écouter des heures.  Elle a le bon goût de ne pas rire de ses traits d'humour. Moi non plus, je ne ris pas ; j'ai des morceaux de myrtilles entre les dents.
Son regard s'illumine quand son époux nous rejoint. Il l'embrasse sur le haut du front et elle ferme les yeux de contentement. Elle le laisse parler, il l'écoute attentivement en hochant fièrement la tête, elle remplit sa tasse avant qu'il ne la tende, il se lève en même temps qu'elle quand elle part à la cuisine. Je m'efforce de ne pas penser aux cris, aux injures, à la vaisselle qui volait, aux portes qui claquaient et à la dernière gifle qui m'a laissée à moitié sonnée dans la salle de bain.
Sur la cheminée, trône, dans un joli cadre marquetté, la photo de leur dernière réunion de famille. Les cousins, les grands-oncles, les jeunes et les vieux se tassent sur le perron de la maison familiale pour tenir dans le champs. Il sourient, ils se tiennent qui par les épaules, qui par la taille. On devine qu'il ont passés tous leurs étés ensemble, que les repas du dimanche ont résonné des cris, des rires et des conversations animées. A notre dernier repas de famille, après l'enterrement de mon oncle Bernard, j'ai versé le contenu de mon assiette sur les genoux de ma cousine Céline, cette grosse conne. Ça a fini en bataille rangée.

Et soudain, la jeune fille au pair apparaît, traînant à sa suite le petit Paul. Mais putain, qu'est-ce que son fils est MOCHE !!!

Des bises,

Marie

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07 septembre 2005

Y'a de la rumba dans l'air !

Du lever au coucher, cette journée aura été placée sous le signe de la castagne et des deux pieds dans la zut. Bon, je ne vais pas vous refaire le coup du réveil catastrophe à 8h15 pour partir à 8h20, c'est un classique chez nous. De même, je vous épargnerai les efforts surhumains qu'il m'a fallu déployer pour ne pas choper l'emplâtre qui me sert de fils par le revers du pyjama et lui décoller la pulpe du fond du caleçon pour qu'il s'enfile vite fait son cacao sans le répendre sur la table et qu'il bouge ses petites fesses plus vite qu'un limaçon sous bromazépam et qu'il saute dans ses fringues. Non, non, vous m'accuseriez de vous raconter sans cesse la même histoire.
C'est pour la même raison que je vous passerai les douze aller-retours et demi dans les escaliers parce que j'avais oublié mon portable dans un premier temps, mes clés de voiture dans un second, mon badge ensuite et tout à la fin mon portable, que j'étais sûre d'avoir laissé sur la table basse en tentant de récupérer le sac d'école de Monstrux sous le canapé, pour me rendre compte à mi chemin que je l'avais dans la main.
Non, je vais commencer le résumé de cette fête du Grand Merdier par la première baston.
Je largue le Nathasamère au bagne pile au son de la cloche de rentrée, soulagée de ne pas avoir, pour une fois, à supplier Cerbère (l'instit' de garde à la grille) de nous déverrouiller sa porte des Enfers. Nath, que j'ai stressé depuis le réveil pour qu'il mette le turbo, m'embrasse dans le vide et file comme un gardon en omettant de dire bonjour dans les règles au geôlier en chef. La grosse garce, rapide comme l'éclair et outrée de ce manque de considération, le chope au vol par la capuche et je peux entendre le misérable glouirg émit par mon fiston, dont la course et la respiration sont stoppées tout net. Bon, autant vous le dire tout de suite, je ne lui ai pas pété la tête, mais c'est uniquement parce que c'est contre ma religion. En revanche, je n'ai pas tendu la joue gauche de mon fils. J'ai saisi la grosse par sa jupe plissée et je l'ai traînée chez le Directeur où j'ai mis une souk, mes amis, on serait cru à la criée du Vieux Port.

Quand j'ai eu fini de dézinguer la vermine de l'Education Nationale, j'ai tenté d'assassiner les milliers d'automobilistes qui se massaient sur mon chemin. Je me souviens d'une en particulier, à qui j'ai appris un peu rudement le bon usage du clignotant en agglomération. Elle pensera sans doute à moi à chaque intersection, désormais.

En arrivant au bureau, j'avais tellement grogné, beuglé, juré, insulté et couiné, que quand j'ai dit bonjour aux collègues ma voix avait des relents de fourchette sur l'arcopal.
A la machine à café et alors que mon taux d'adrénaline le disputait à ma tension artérielle, j'ai dû m'enfoncer profondément les ongles dans la paume de la main pour ne pas éclater la vitre du distributeur Selecta avec la tête de Sandrine. Je me suis dit finalement que le pauvre distributeur ne méritait pas un tel traitement et qu'après, il faudrait bouffer tout le chocolat qu'il contenait et que ça, mon régime ne le supporterait pas.
Dans la matinée, j'ai allumé un petit con de manager du Marketing, qui insultait sa secrétaire au beau milieu de l'open space. Soit, la pauvre fille n'est pas réputée pour la fulgurance de son jugement, mais la traiter d'abrutie de blonde de merde devant tout le monde justifiait à mes yeux qu'il essuie la beuglante du siècle. Et tout l'étage en a profité.
Au déjeuner, la caissière de la cantine a refusé de me compter le menu à 2€ parce que j'avais remplacé le yaourt aux fraises par un yaourt nature. J'ai bien essayé de lui faire entendre raison, d'abord avec une pointe d'humour, puis en me fâchant, en vain. Le temps de parlementer, la queue derrière moi atteignait les 20 mètres. Je suis donc allée chercher un yaourt au fraises, l'ai décapsulé et écrasé sur son comptoir. Je n'ai pas mangé de dessert, mais pinaise, c'était bon !!
Au staff meeting, alors qu'en général je laisse mon équipe somnoler gentiment, il m'a pris l'envie de les secouer tous par les pieds pour en faire sortir les idées. J'ai sifflé dans mes doigts comme un charretier pour réveiller ce gros tas de larves ; Kim en est tombée de sa chaise. Depuis, elle m'évite comme si j'étais entourée d'un champs de force.

Le père du Nathasamère a constitué ma dernière et meilleure victime. J'avais laissé passer quelques sujets de frittage ces derniers jours, mais je me suis bien rattrappée ce soir, après un énième provocation (il faut bien l'avouer, un truc mineur dont je ne me souviens même plus). D'habitude combatif, il n'a pas moufté devant le déferlement de ma rogne. Quand j'ai eu fini, j'avais l'impression d'avoir vengé des années d'ingestion de couleuvres.

Et puis voilà, ce soir, Nath s'est allongé sur le canapé, la tête sur mes genoux et j'ai laissé gentiment retomber la vague de bile qui m'avait submergée ce matin. On a lu un Pomme d'Api, fait des jeux de mots foireux et ricané comme des nouilles.
Maintenant j'ai du mal à comprendre quel démon m'a agitée toute la journée...

Allez, sans rancune et des bises

Marie

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01 septembre 2005

Amen

Je finis la vaisselle, pendant que le Nathasamère est supposé prendre sa douche. Je l'entends vaguement papoter avec lui-même depuis un moment, alors je délaisse mon costume de Conchita quelques secondes pour aller vérifier que tout va bien pour lui. Il est à genoux dans la baignoire, mains jointes sous le menton, tête baissée et les yeux clos. Il se balance lentement d'avant en arrière en psalmodiant : "Notre Père qui est soucieux, que ton nom soit saucifié, que ta gnagnagna et je connais pas la suite mais fait que la nouvelle maîtresse soit gentille avec moi et qu'elle me laisse aller faire pipi pendant la classe, parce que moi, ça me bloque quand y'a les autres qui me regardent".

Quand je pense qu'il en a tiré pour au moins 15 ans de ce régime de rentrée, ça me passe les tétons au presse-ail.

Des bises

Marie, Mère de Dieu.

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30 août 2005

A black fly in your Chardonnay

C'est toujours quand tu commences à trouver que la vie à le goût de la confiture de roses, que le soleil donne tout juste un joli reflet abricot à tes avant bras et une mine appétissante à ton fiston, que ta nièce te tend enfin les bras au réveil, que tes côtes tirent un peu à force de rigoler, que tu n'es petit à petit plus réglée comme une métronome pour te réveiller à 8 heures tapantes, que les cercles noirs autour de tes yeux s'estompent peu à peu, que tu ne composes plus systématiquement le 0 avant chaque numéro de téléphone, que tes pieds s'entendent à merveille avec tes sandales, que ton portable est enfin mort dans un dernier biiip déchirant, que tu te dis que tu es fait pour cette vie de débauche et d'orgie et que tu te résouds enfin à te payer une carte d'abonnement au centre aquatique de Woolwich, qu'il faut tout ré-empaqueter, re-traverser ce putain de bras de mer à la con et réintégrer ta banlieue pourrie.

Isn't it ironic ? Ta gueule, Mauricette...

Des bises et hop, au boulot.

Marie

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22 août 2005

Mamaaaaan, comment ça s'écrit Interneeeeeeet ?

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13 août 2005

De l'inexorable influence de la testostérone

A une époque pas si lointaine, je me posait ici des questions sur l'orientation hormonale du fils de moi. Le caprice mémorable, au milieu d'un rayon d'Auch(i)an(t), pour qu'on lui achète les chaussons Barbie ; son goût douteux pour les princesse Disney ; sa façon de courir plus proche de celle de Baryshnikov que de Maurice Greene ; sa passion pour le maquillage... autant de petits détails qui me faisaient craindre que j'avais imprégné le pauvre enfant de trop de poudre de gonzesse.
Ce matin, le Nathasamère vient de faire sa grande entrée dans le royaume du vrai, du poilu, du gros malotru : à mon passage, il me claque les fesses et scande : "c'est à nous tout ça ?"
Depuis ce matin, mon fils est un mec...

Des bises

Marie

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11 août 2005

Aïe...

L'estomac retourné comme une chaussette et calé bien haut dans la gorge.
La pompe qui résonne façon grosse caisse dans chaque centimètre carré de peau.
Le nez qui saigne en rythme du gros sang rouge et brillant.
Les yeux larmoyants et douloureusement mi-clos, un peu comme si on avait tourné les globes sur eux-mêmes et raccourci d'autant les nerfs optiques.
Les mâchoires vissées à l'articulation ; chaque ouverture/fermeture est un nouvel appel à la nausée.
La langue, enflée, à l'étroit dans la bouche sèche et pâteuse.
Les muscles du dos noués à craquer et la nuque raide comme un légionnaire en permission.
Les bras trop courts, trop lourds, trop gourds. Les chevilles qui rentrent dans les genoux qui rentrent dans les hanches qui rentrent dans les épaules, qui plient sous le poids de la tête.
Le cerveau qui coule en crème visqueuse par les oreilles.

Une respiration sur deux se termine en haut-le-coeur. Peut-être que si je n'inspire qu'une fois sur deux, ça réduira de moitié le risque de vomir sur mon clavier. Encore une heure de douleur hardcore et je me liquéfierai, je me désagrègerai, je flotterai au beau milieu de l'aura qui m'a annoncé, il y a deux heures, une nouvelle crise de migraine et que j'ai stupidement ignorée. D'ici là, il faut tenir.

Des bises, toi, mais douces sur mon front.

Marie

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08 août 2005

Août cha cha cha...

C'est mort, ici. La grande bouilloire du processus budgétaire est retombée brutalement, laissant les survivants exsangues. Ceux, dont je suis, qui n'ont pas encore pris leurs quartiers d'été errent dans les couloirs à la recherche de quelque rumeur croustillante ou se terrent dans leur bureau pour que personne ne se rende compte qu'ils n'ont rien à faire.
C'est mort. Au réfectoire, c'est encore pire ; trois clampins sont affalés, coudes collés au formica, la tête entre les mains et l'on entend que le raclement des fourchettes et le grésillement du bassin de friture.
C'est mort. Tiens, qu'est-ce que c'est que ce ronronnement, en fond sonore ? Ah, c'est la clim'. Je ne l'avais jamais remarquée, noyée dans le brouhaha habituel des imprimantes, des téléphones, des conversations inter-open-space et du rire de hyène de Sandrine.
C'est mort. Je ne jouerai pas au démineur ; je préfère garder ça pour la fin de la semaine, quand j'aurai touché le fond du désespoir. Si seulement j'arrivais à me souvenir de toutes les Googles search que j'ai remises à plus tard faute de temps... Tiens, je vais envoyer des boulettes de papier machouillé sur le mur. Ça va bien me faire rigoler 7 ou 8 minutes.
C'est mort. Je serais prête à dégommer un sprinkler juste pour faire un peu d'animation, mais j'ai peur que mon chemiser en soie n'apprécie pas la douche. Ah, j'entends des pas ; c'est peut-être pour moi... Non, C'est un autre mort-vivant qui traîne dans les couloirs comme une mémé en deuil de son caniche.
C'est mort. Je ne me suis pas emmerdée comme ça depuis les cours de Sciences-Naturelles au lycée. Pourquoi est-ce-qu'on ne m'a abonnée qu'à des journaux chiants comme le Financial Times et les Échos ? Je ne peux pas avoir Voici ou Gala, juste un mois par an ? C'est pas comme si on était trop payés pour pouvoir se le permettre, non ?
C'est mort. Je ne peux même pas torturer mon petit nouveau, parti pour deux jours en formation. Marion est en train de se faire dorer la pilule sur la côte sauvage, Dieu la tripote. Le Super-Chef, lui, martyrise probablement femme et enfants quelque part entre Djerba et Hammamet. R. a fini ses cartons et profite sans doute de ses trois semaines de congés pour peaufiner son discours d'adieu.
C'est mort. Le petit nouveau a torché tout mon classement, rangé mes tiroirs, virés les fichiers temporaires de mon PC, tout ça en 2 jours. Qu'est-ce que je peux faaiiiiiiiire ? C'est même pas une heure décente pour appeler la Milousette, pour cause de sieste. Pinaise, je m'emmerde !
Et qu'est-ce qu'on fait quand on s'emmerde au bureau et qu'on a personne sur le râble pour vérifier qu'on fait présence ? On prend sa veste et on fonce faire des cartes bleues chez H&M ! C'est pour la bonne cause...

Des bises

Marie

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04 août 2005

Secrétaireuh de Directiooooon, je suis secrétaireuh de Directioooon...

Y'a pas à dire, je suis très fan de l'évolution des moeurs ! Elle vient de m'attribuer, pour remplacer ma secrétaire-chignon-tailleur-chaussures méphisto partie s'occuper de son jardin et de son club de bridge, un grand gars bien barraqué aux yeux myosotis.
Benjamin se présente au téléphone comme mon assistant personnel... Je sens que je vais avoir grand besoin d'assistance dans les prochaines semaines...
Dieu bénisse la pré-retraite et les biscottos sous les chemises Paul & Joe.

Des bises, rhhaa, oui, plein de bises partout partout, je me sens toute émoustillée !!

Marie

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01 août 2005

Pierre

Son père avait été le best man du mien et vice versa. Sa mère et la mienne passaient leur temps et leur argent en conversations téléphoniques transatlantiques, à piapiater sur tout et sur rien. Ils s'entendaient tous comme larrons en foire. Il débarquait tous les étés avec ses 3 frères et soeurs, ses parents et leur chien, dans notre maison de campagne, transformée pour deux mois en gigantesque camp de vacances joyeusement bordéliques.
Il était de 6 ans mon aîné et nos parents racontaient, goguenards, qu'il était fou de moi depuis qu'il m'avait aperçue, de l'autre côté de la vitre de la nurserie. Quand j'étais encore bébé, il venait me chercher au petit matin dans mon lit à barreaux et me gardait avec lui jusqu'au réveil des adultes, malgré les crises d'hystérie de ma mère, qui voyait d'un mauvaise oeil que ce gnome manipule sa première née comme un poupon de célluloïde. Mais, constant, il continuait à me prendre sur ses genoux dans le grand rocking chair pour me chanter des comptines.
Plus tard, je le suivais partout. Quand il enfourchait sa bicyclette pour foncer sur les 5 kilomètres de route poussiéreuse qui séparaient la maison du petit magasin, je n'avais pas besoin de le supplier longtemps pour qu'il accepte de me prendre sur le porte-bagages. Arrivés là, il dépensait tout son argent de poche pour m'acheter de la réglisse, dont j'étais folle. Jamais il n'a pu sortir son kayak ou le canot à moteur de papa sans être sommé par le petit tyran que j'étais de m'emmener avec lui. Et il en semblait ravi.
Le soir, devant la télé, nous partagions le même fauteuil bicentenaire, dont un ressort cassé nous obligeait à nous tasser l'un sur l'autre, tout contre le dossier. Il m'expliquait les films et me cachait les yeux quand il estimait que les images étaient par trop choquantes pour mon jeune regard. Comme il avait le droit de s'approcher de la grande cheminée, il y faisait griller mes guimauves et soufflait dessus pour que je ne me brûle pas.
Lui qui se battait comme un chiffonnier avec son frère et qui lui collait régulièrement des peignées d'une violence rare, il était avec moi d'une patience et d'une douceur angélique. Je pouvais faire de lui absolument tout ce que je voulais. Je me souviens l'avoir maquillé, habillé avec les vieilles robes de maman et l'avoir appelé Christine toute une journée sans qu'il ne s'en plaigne un instant. Il a passé un nombre incalculable d'heure à tenter de m'apprendre les règles des échecs, les fables de La Fontaine, à batter comme les pros, le nom des différentes sortes de bestioles multipodes qui grouillait au jardin, les meilleures galets à ricochets, comment enfiler un ver sur l'hameçon, à faire mes lacets, comment écraser les groseilles entre langue et palais pour qu'elles ne fassent pas monter les larmes. Il a couru des kilomètres derrière mon vélo privé de ses roulettes et traversé ronces et orties pour récupérer la balle de base-ball que je prenais un plaisir sadique à y envoyer.
Nos parents disaient en riant qu'ils finiraient par nous marier et que nous ferions de beaux enfants.
Puis, la maison au bord de la rivière a été vendue et nous nous sommes retrouvés du même côté de l'océan.
A 17 ans, il a integré l'École de l'Air de Salon-de Provence et nous ne nous sommes plus vus. Les seules nouvelles que j'en avais transitaient par papa, qui le voyait de temps à autres au centre de parachutisme.
L'été de mes 16 ans, lorsqu'il y fut l'instructeur de mon stage d'initiation, nous ne nous étions pas parlé depuis plus de 5 ans.
Il était devenu extrêmement séduisant ; j'étais devenue une femme. Et comme de sauter ensemble d'un avion à s'envoyer en l'air il n'y a qu'un pas sémantique, il fut également mon premier amant. Il était incroyablement doux et prévenant, me murmurait mille tendresses à l'oreille.
Il avait, une fois de plus, joué son rôle d'initiateur aux choses de la vie. Je n'ai jamais plus aimé un homme comme je l'ai aimé cet été là. Et si nous ne nous sommes pas mariés, comme nos parents en rêvaient, il a quand même été mon premier et unique époux de l'âme.

Maman m'a téléphoné ce matin. Pierre vient de sombrer dans un coma profond et irréversible, provoqué par la sclérose en plaque que les médecins lui avaient diagnostiquée il y a tout juste 1 an.
Et monte en moi la peur panique que sa dernière initiation ne soit celle du veuvage.

Des bises

Marie

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30 juillet 2005

Mum's back on the track

On a fait des bonds en se tenant les mains et on a rit HAHAHAHA, tête renversée et bouche bée. Puis, on a fabriqué une pizza géante qui ne tenait même pas dans le four, mais on ne l'a pas mangée parce que pendant qu'elle cuisait, on s'est gavés de smarties.
Bon, c'est sûr, il a fallu téléphoner à tout le monde pour dire que oui oui, tout va bien, il est là maintenant, la paire est reformée, on oublie qu'il est jamais parti.
Après, on a regardé deux fois d'affilée le dévédé de Tom et Jerry, juste pour insulter cette purée de souris qui pourrait tout de même se laisser bouffer de temps en temps. Et quand on en a eu marre, on a fait une course de voitures téléguidées partout dans la maison, même qu'il faisait exprès de me rouler dessus pour que je perde et que je faisais exprès de me laisser rouler dessus parce que j'aime ses yeux quand il gagne.
Quand les voisins ont cogné au plafond pour signifier que c'est bon maintenant, ça a assez duré votre bordel, on est partis, à la nuit tombante, se promener au bord du canal pour écouter les grenouilles. Il y en avait qui disaient : "ouétu ouétu ouétu" et on leur disait : "il est là, pas de souci, il est rentré et tout va bien".
A la fin, on était fatigués et ses sandales faisaient floc floc à cause des flaques de gadoue dans lesquelles on avait sauté. Il a grimpé sur mon dos et on est rentrés tranquillement chez nous, dans l'air vibrant de moustiques et sous les hourras des grenouilles.
Avant de que je ne tourne dans la grand-rue, il s'était endormi lourdement sur mon épaule. Mes bras se sont souvenu brutalement de leur dure condition de réceptacle à gros bébé.
Je l'ai couché dans mon lit, parce que cette nuit là, j'avais besoin de le regarder longuement marmonner, froncer les sourcils et rire en silence dans son sommeil.
En quelques minutes, il avait repris toute sa réalité et moi toute ma place. Le mois de juillet n'est plus qu'un vilain souvenir... jusqu'à l'année prochaine.

Des bises

Maman Marie

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27 juillet 2005

Reconversion

Alors, ça va mieux, merci.
Mais je jure devant Dieu et Sa Sainte Garde que si on m'impose encore dans la même journée un contrôle d'identité effectué par un flic bègue, moustachu et sentant l'ail juste après le petit-déjeuner, une réunion de département dans le seul bâtiment non-climatisé du site à l'heure la plus chaude de la journée, l'annonce de la démission de R. qui passe à l'ennemi, le talon de mes escarpins fétiches qui foire sur le marbre de la Direction Générale et se fend par le milieu, les emmerdes de fric de l'hôte de ma tête, la caissière du Super-U qui me rend ma carte bleue en secouant négativement la tête alors que putain la paye c'est que dans deux jours, le super-sans-plomb étiqueté comme le diesel et dont j'ai rempli le réservoir de ma Clio... diesel au trois-quart, un dîner avec le loser qui me sert d'ex (hé, elle est pas de moi celle-là, c'est un bon ami qui en revendique la paternité), je m'arrange pour qu'il ne ressorte de mon bilan de compétence que les qualités requises pour me reconvertir en tueur psychopathe.

Et le premier qui doute que tout ça se soit déroulé dans une seule et même journée, me demandant de lui fournir toute preuve disponible, JE LUI PÈTE LES DENTS !!! On est bien d'accord ? Merci.

Des bises. Et puis non, tiens, pas de bise. Et toc !

Marie

Ta gueule, toi.

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25 juillet 2005

Ouh, qué sale bête !

J'ai incité Sandrine à écrire des grossièretés sur le tableau blanc du chef suprême, alors que j'avais remplacé les feutres effaçables à sec par des marqueurs permanents.
J'ai volé un papier à en-tête des ressources humaines pour envoyer un faux courrier à Jeanne, qui passe des plombes en coups de fils perso, lui indiquant qu'elle était redevable d'une note de téléphone d'un montant astronomique et que cette somme serait déduite de son prochain salaire.
Je n'ai pas dit à Fathia que sa serviette hygiénique, sous son pantalon moulant, se voyait comme le nez au milieu de la figure.
J'ai rempli le réservoir de la machine à expresso avec l'eau des toilettes quand Sophie m'a demandé de la rejoindre en réunion et d'en profiter pour lui apporter un café.
J'ai raconté à toute une tablée et d'une voix de stentor que Mélanie ne se lavait jamais les mains après avoir fait caca.
Je n'ai pas laissé les 9 messages urgents de son amoureux transi à Audrey.
J'ai fait croire à Nelly qu'elle était convoquée aux ressources humaines, en pleine période de remaniement du plan salaire.
J'ai refusé d'accompagner Céline chez le dentiste ; elle a dû y aller et en revenir à pieds, après une anesthésie et deux arrachages de dents de sagesse.
Tout ça en une journée. Il faut que mon fils revienne vite parce que je suis proche de la psychopathie...

Des bises, si si, approche, au début ça va piquer un peu mais tu ne sentiras rapidement plus rien...

Evil Marie

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21 juillet 2005

Uncle Robert et Auntie Judith

Ça y est ; comme tous les ans à la même époque, il débarquent de Toronto et, comme tous les ans à la même époque, c'est moi qui m'y colle pour aller les chercher à Roissy et les déposer à leur hôtel. Ils descendent toujours au Royal Saint-Honoré, à quelques pas du Louvre où Tante Judith passe le plus clair de ses journées d'été.
Bien sur, leur avion a été retardé de plus de 3 heures. C'est rituel : j'arrive avec une demi-heure d'avance pour être sure qu'ils ne poireauteront pas (ils détestent poireauter) et leur avion est sytématiquement retardé. Mais le jour où j'anticiperai et où j'arriverai à la bourre, Uncle Rob, Auntie Jude, leur 5 insoulevables valises en shintz caca d'oie et une immense malle rouge vif m'attendront de pied ferme à la porte de débarquement.
Enfin, les voilà. Je me suis toujours demandé pourquoi, alors qu'ils sont indécemment riches, mon grand-oncle et ma grand-tante semblent se saper à l'Armée du Salut.
Tonton porte un improbable costume en Tergal qui bouloche ; dans les années soixante, il devait surement être kaki. La veste porte les reliefs du contenu de 3 plateaux repas gracieusement offerts par Air Canada ; Uncle Rob mange approximativement. Le pantalon lui donne l'air, lui qui est taillé comme Stan Laurel, d'avoir volé celui d'Oliver Hardy : il flotte autour de son immaculé mollet, laissant apparaître une cheville maigrichonne et éparsement poilue. Ses chaussettes sont faite d'une matière dont je te fiche mon billet qu'elle est hautement inflammable. Il a encore maigri depuis l'année dernière.
Ses lunettes (de la récup' aussi, hein, y'a pas de petites économies : monture en métal argenté et la barre noire en face des sourcils) sont posées très en haut d'un long nez busqué. Elles lui font de gros yeux globuleux et un regard de poisson mort. Deux énormes bouquets de poils sortent de chacune de ses oreilles, plantées à la perpendiculaire de ses grosses joues flasques. Il a la bouche molle et humide (deux petits filets blancs collent les commissures), les sourcils broussailleux et Méphistophéliques et le menton en galoche. Dieu me tripote, mais il s'est fait un fantastique comb-over ! Il l'a artistiquement plaqué de l'oreille gauche à l'oreille droite, formant un raie grasse et croûtée. Il serre contre sa poitrine sa légendaire mallette chirurgicale. Si tu es patient, je t'en parlerai plus loin.
Derrière lui, Auntie Judith est telle que je l'ai laissée l'année dernière. Même robe de polyester vert clair (elle la trainera tout l'été et ne la remplacera qu'en octobre pour une robe de laine vert foncé ; Tata est une monomaniaque du vert), même chignon riquiqui sur le sommet du crâne, mêmes sandales monacales, même pilosité faciale aussi rebelle qu'inconvenante (oui, Tata a du poil au menton et ça pique quand elle t'embrasse).
Nous empilons les 13,5 tonnes de valises sur un chariot à roulettes qui n'en demandait pas tant, puis dans ma voiture qui crie grâce et nous fonçons vers Paris.
Je connais si bien le rituel qui suivra notre arrivée à l'hôtel, que j'en frémis à l'avance. D'abord, il faudra de nouveau se fader les valises (et Tonton ne nous aidera pas à cause de son hernie discale). Puis, il faudra à toute vitesse monter le tout dans la chambre et procéder au
déballage du véhicule rouge cerise et de ses satellites sur le tapis. Mais cette année, j'ai droit à de l'innovation !
Fioles, tubes, bouteilles, thermomètres, poudres et pilules, se disputent la place avec les hardes multicolores sorties de chez le bon Abbé Pierre, les bouquins d'archéologie, les guides Michelin en prévision du prochain voyage culturel, et, à la place d'honneur, l'énorme balance numérique super-précise : il faut, m'explique Tata, qu'elle enregistre son poids au QUART d'once - condition essentielle et indispensable pour évaluer les progrès du régime prescrit par son Gourou chinois.
Oh ! C'est l'heure de la prise de température ! On sort le volumineux thermomètre buccal et un gros cahier à spirales. Peu importe ou l'on se trouve, dans le mall, au restaurant, à la poste. Selon les instructions du Gourou, la température est prise sans faute 4 fois par jour et le résultat est religieusement noté dans le cahier. Pas un bruit autorisé pendant l'opération, car le thermomètre émet un bip imperceptible au moment crucial où la température a atteint son maximum. Alors "Silence dans les rangs !". Le Gourou a declaré que Tantine avait une température basale insuffisante. Mais nous constatons que grâce au régime et aux potions prescrites, elle est en train de remonter courageusement de quelques dixièmes de degrés Fahrenheit, ce qui explique qu'elle se sente nettement mieux cette semaine. Sur le précieux registre, il y a aussi une colonne réservée aux "bowel movements". Exemple : "August 23rd. Bowel moved at 8:07am". Colonne suivante : " 22hours and 3mn after preceding bowel movement". Mais nous regrettons de devoir interrompre cette lecture édifiante, car il est l'heure de procéder à la 2e prise de température. Chut ! Prière d'attendre après le bip.
Pendant ce temps, On nous a servi le thé. Tonton
arrive au salon avec sa mallette médicale, la fameuse, et s'installe avec nous sur le canapé (pour regarder les dernières péripéties Londoniennes) tout en fouillant bruyamment dans ses maintes trousses bourrées d'instruments et de fioles dignes de la salle d'opération du Professeur Barnard. Il en sort un écheveau de soie dentaire qu'il dévide abondamment avec le geste large et noble de la Semeuse et en écartant bien les coudes, il passe le fil entre chaque molaire pour en faire sauter avec des "plocs" évocateurs les parcelles nauséabondes qui fusent de toute part et dans toutes les directions, telles les projectiles du malencontreux bus de Tavistock Place... D'ailleurs, sur l'écran de la télé, on ne sait plus les distinguer les uns des autres... Ne t'évanouis pas, ce n'est pas fini....si tu peux te retenir de vomir encore 5 secondes...
Cette cruciale opération terminée, l'oncle Robert sort de son sac noir l'instrument de métal muni d'une pointe de caoutchouc et qui est destiné à détacher la couche de "plaque dentaire" des gencives dans la plus stricte intimité. Malheureusement pour moi, toujours assise dans le canapé du salon, l'oncle Robert en a décidé autrement. Cette opération aussi efficace que délicate mérite, pour le moins, de faire l'objet de l'admiration générale - et mieux, d'une étude anthropologique : ainsi, nous avons droit au spectacle accompagné du grincement de chaque navette du caoutchouc sur la courbe du collet de chaque chicot, aller et retour, retour et aller, jusqu'à ce qu'enfin l'instrument chargé de son butin soit rejeté sans cérémonie et SANS NETTOYAGE au fond de la trousse noire. Puis on referme les trousses les unes après les autres avec grand fracas, comme les sas de la fusée lunaire et on replace la mallette bien en évidence sur la table basse avec la théiere, les tasses et les biscuits, en attendant la prochaine session. Mais non, ne t'impatiente pas : celle-ci aura lieu (sans merci) après la moindre ingestion de nourriture, fut-elle un scone ou un muffin.
Je te jure que je n'invente rien. Et j'aurai droit à ce spectacle 2 fois l'an, tous les ans, jusqu'à la fin des temps, parce qu'ils prennent tellement soin d'eux, Tonton et Tantine, qu'ils nous enterreront tous.

Des bises

Marie

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19 juillet 2005

Cocktail

Quand, dans un shaker, on mélange un soleil de plomb sur une peau de rousse, beaucoup d'alcool, des tonnes de chocolat, beaucoup d'alcool, une énorme pizza aux pepperoni, un joli petit anglais qui fait la grève du rasoir, beaucoup d'alcool, très peu de sommeil, un beau-frère ivre qui vous maintient la tête dans le gazon sous prétexte de vous faire mourir de chatouilles, beaucoup d'alcool et un démaquillage plus qu'aléatoire pendant 5 jours, on obtient un cocktail détonnant : ma tête ce matin dans le miroir.
Entre les boutons et les tâches de rousseur, je pourrais presque jouer à relie-les-points et j'aimerais bien que les filles puissent se laisser pousser la barbe, tiens !

Vindiou, je déteste les retours...

Des bises, rhô, faites pas cette tête, c'est pas contagieux !

Marie

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12 juillet 2005

Blast from the past

Entrée de plein pied dans la phase du mois intitulée "au-point-où-j'en-suis-autant-être-à-découvert-pour-quelque-chose" (c'est, pour les curieux, celle qui vient juste après "quand-je-pense-qu'il-va-falloir-tenir-quatre-semaines-avec-cette-misère" et juste avant "dix-ans-de-ma-vie-pour-qu'ils-virent-ma-paye-une-deuxième-fois-par-erreur-c'est-au-moins-ce-qu'il-faudrait-pour-combler-le-trou"), j'avais traîné Marion ce midi, histoire de faire jouer, entre mon compte en banque et mon moral, les vases communicantes.
On a presque couru chez Indies, mon digne Prozac de substitution, siège de toutes mes folies financières et vestimentaires. Je n'ai pas eu besoin de farfouiller bien longtemps avant de tomber sur la robe de mes rêves. Un amour de petit chiffon de soie sauvage, un truc du style qui te caresse dans le sens des poils et qui te donne l'impression d'avoir été subitement réincarnée en Reine du Monde. Je l'ai laissée sur le portant, bien décidée à retourner la chercher quand je me serais assurée que le Malin n'avait pas pondu à mon attention, la paire de chaussures qui l'accompagneraient à merveille.
J'y étais très occupée, quand une voix du passé, à mi-chemin entre le canard poitrinaire et la poissonière du Vieux Port, m'a stoppée net. Du fond de la boutique, j'ai tout de suite su que c'était elle. L'insupportable pot-de-colle que mes très peu charitables amies et moi avions surnommée Pierre le Grand, rapport au vilain acné qui lui faisait comme autant de cicatrices de petite vérole. L'indécrottable première de la classe que nous martyrisions avec autant de plaisir que j'en éprouve de honte aujourd'hui. La malheureuse tête de turc de nos 16 ans, qui n'avait pour seul tort que d'être affublée des jambes les plus courtes de l'histoire de l'anatomie moderne, ce qui lui faisait un pot d'échappement étrangement près du gazon. Véronique, que nous avons torturée de bon coeur 3 années durant, sans qu'elle émette la moindre plainte.
Elle est sortie de la cabine d'essayage avant que je n'ai eu le temps de me planquer sous un portant. Plaf, nez à nez, qu'on est tombées. J'ai souri, un peu crispée, attendant l'aller-retour qu'elle aurait légitimement pu me coller, après toutes mes vilénies ; elle s'est jeté dans mes bras. Elle avait tout oublié. Bon, c'est sûr, ses jambes n'avaient pas poussé d'un centimètre en 15 ans ; mais elle avait fait table rase du passé, authentiquement persuadée qu'on était les meilleures amies du monde à l'époque.  Ça m'a fait chaud au coeur.
Sauf que quand les effusions sont retombées, je me suis rendu compte qu'elle portait MA robe. Et bien je vous jure qu'il m'a fallu une dose surhumaine de repentir et de charité chrétienne pour ne pas lui dire qu'elle lui allait comme des souliers vernis à un cul-de-jatte.

Des bises

Marie

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09 juillet 2005

Changement de point de vue

Début juillet, ils se donnaient rendez-vous à mi-chemin, sur le parking d'un restaurant, pour l'échange annuel des enfants.
Pendant des années, j'ai vu le sourire tremblant de ma mère, bras ballants, s'éloigner par la lunette arrière de la voiture. Premier jour des vacances, la peur panique de ma soeur à mes côtés, lutter contre mes larmes et imaginer celles de maman, le front appuyé sur son volant.
Pendant des années, j'ai attendu que ce temps passe, où je ne dépendrais plus d'un calendrier fixé en audience. 31 jours de juillet à rebours, 744 heures de manques et de frustrations, 45 384 minutes à se demander comment se déroule la vie qu'on a laissé derrière, 2 723 040 secondes à donner le change et à forcer son rire.
Pendant des années, ma mère m'a manqué à chaque instant. Et elle manquait tant à ma soeur, qu'elle me manquait doublement. Et ça rendait mon père tellement malheureux qu'elle me manquait triplement.
Pendant des années, je me suis juré que quand je prendrais le contrôle de mon existence, je ferais du mois de juillet une fête permanente.

J'ai déposé mon fils chez son père juste avant qu'ils ne partent pour l'aéroport. Il s'est retourné pour me voir par la lunette arrière et je suis restée les bras ballants. Puis, j'ai longuement pleuré, le front appuyé sur mon volant.
C'est toujours le mois de juillet. J'ai juste changé de point de vue.

Des bises

Marie

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06 juillet 2005

Meutre de chambre close

Elle m'a réveillée en sursaut à quatre heures du matin. Elle tambourinait aux carreaux de ma chambre à grands coups de poings. J'ai fait mine de ne rien entendre et n'ai pas bougé d'un pouce. Ça l'a rendue furieuse ; elle a foncé sur le lit, hurlant dans mes oreilles, frappant mon front, mes joues et le gras de mes bras. J'ai remonté mon drap jusqu'au menton et plaqué mon oreiller sur ma tête, espérant qu'elle se découragerait et me laisserait finir ma nuit. C'était sans compter la pugnacité de cette méchante.
Pendant 20 minutes, je l'ai entendue tourner autour du lit, marmonnant des imprécations maléfiques et incompréhensibles, évidemment exaspérée par mon manque de réaction. Subitement, elle est passée à l'attaque. Elle s'est jetée sur moi comme une enragée et m'a mordue jusqu'au sang à plusieurs reprises. Puis, comme prise d'un remords aussi soudain que sa fureur, elle a passé sur mes plaies un peu de son remède anticoagulant.
A mon tour, la colère m'a saisie. Je me suis levée d'un bond, nue comme un ver et j'ai saisie la première massue improvisée qui me tombait sous la main : le dernier Télérama. Je l'ai poursuivie pendant plus d'un quart d'heure dans tout l'appartement, poussant des râles de haine pure. Nous nous somme arrêtées simultanément pour reprendre notre souffle et, alors qu'elle s'était appuyée, frêle et haletante, sur le mur immaculé de l'entrée, j'ai abattu mon arme. J'y ai mis tellement de force, sans doute mue par une colère aveugle, que ses tripes ont giclé sur près d'un mètre.
Sans l'ombre d'un remord pour mon crime, je suis retournée me coucher.

Ce matin, elle s'est rappelée à mon souvenir, la garce. Je suis pleine de boutons surinfectés et bonne pour lessiver le mur, encore couvert de son cadavre sanguinolant. Je hais ces putains de moustiques.

Des bises, mais ouille, vas-y doucement, ça picote ça picote...

Marie

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04 juillet 2005

Les juillettistes

Bon, voilà, c'est parti pour une autre saloperie de mois de juillet.
L'année dernière, pour m'éviter de devenir coconut, Marion et moi avons joué à tout un tas de petits jeux abrutis, concoctés par nos esprits malades.
Par exemple, pendant la pause déjeuner, on allait se garer sur le bord de la nationale, lunettes de soleil sur le nez et on visait les voitures qui passaient avec un sèche-cheveux. Juste voir la tête incrédule des conducteurs nous faisait littéralement pisser de rire.
On a aussi harcelé le chef de l'Audit Interne en laissant des messages à caractère pornographique sur sa boite vocale. Je n'ai jamais poussé autant de soupirs d'extase que l'année dernière au mois de juillet.
Et puis on attendait avec une impatience insoutenable que quelqu'un nous demande de faire quelque chose pour lui demander s'il (ou elle) voulait des frites avec ça. Ou un mars. Ou une pipe. Ça dépendait de l'interlocuteur.
Trois semaines durant, on a remplacé toutes les capsules de café par du déca et quand on a estimé que tout le monde s'était suffisamment habitué, on a tout changé pour du Ristretto. Le chef en a eu des tremblements irrépressibles pendant 3 jours.
Sandrine nous avait raconté que son mec, maladivement jaloux, vérifiait compulsivement ses talons de chèques. Alors Marion est allée chourrer son chéquier pendant qu'elle était en réunion et on en a subtilisé 2. Sur les talons, on a marqué "petites faveurs sexuelles" à la ligne objet.
Pendant toute une journée, j'ai finit toutes mes phrases par "c'est ce qu'a dit le prophète". Ce jour là, vers 17 heures, Marion a fait pipi dans sa culotte.
On a aussi eu une journée des démarches à la con, pompée sur le sketch hilarant des Monthy Python. Après, on a été convoquées à la médecine du travail.
Le samedi, on allait au marché et on arrêtait toutes les vieilles dames un peu mochingues pour leur demander si elles étaient mâles ou femelles. Et quand elles répondaient, on riaient tellement hystériquement qu'elles se sauvaient en trottinant.
Un soir, j'ai emmené Marion à l'Opéra Bastille écouter Le Cenerentola et j'ai chanté par dessus la soprano pendant tout le premier acte. Elle riait tellement qu'elle a ruiné une autre culotte.
Un dimanche, on a emmené sa nièce de 10 ans au zoo de Thoiry. Sur le parking, on s'est mises à courir comme des dératées en criant "sauvez-vous, sauvez-vous, ils s'échappent".
Pour se venger des deux culottes perdues, Marion s'est mise à hurler "j'ai gagné, j'ai gagné !!" à chaque fois que ses billets sortaient du distributeur automatique. Même à jeun, je vous jure, y'a de quoi se tordre.
Vers la fin du mois et malgré tout ça, j'étais au bord de la crise de nerf. Alors Marion a tendu des moustiquaires tout autour de mon bureau, elle a collé deux faux palmiers en carton-pâte au milieu de la pièce et m'a prêté son CD de Cocktail. C'est Kokomo qui m'a sauvé la vie.

Cette année, il va falloir faire fort...

Des bises

Marie

PS : hé, si vous avez quelques idées, hein, vous gênez pas, surtout !

Posté par mapril à 23:12 - - Commentaires [23] - Permalien [#]