Changement de point de vue
Début juillet, ils se donnaient rendez-vous à mi-chemin, sur le parking d'un restaurant, pour l'échange annuel des enfants.
Pendant des années, j'ai vu le sourire tremblant de ma mère, bras ballants, s'éloigner par la lunette arrière de la voiture. Premier jour des vacances, la peur panique de ma soeur à mes côtés, lutter contre mes larmes et imaginer celles de maman, le front appuyé sur son volant.
Pendant des années, j'ai attendu que ce temps passe, où je ne dépendrais plus d'un calendrier fixé en audience. 31 jours de juillet à rebours, 744 heures de manques et de frustrations, 45 384 minutes à se demander comment se déroule la vie qu'on a laissé derrière, 2 723 040 secondes à donner le change et à forcer son rire.
Pendant des années, ma mère m'a manqué à chaque instant. Et elle manquait tant à ma soeur, qu'elle me manquait doublement. Et ça rendait mon père tellement malheureux qu'elle me manquait triplement.
Pendant des années, je me suis juré que quand je prendrais le contrôle de mon existence, je ferais du mois de juillet une fête permanente.
J'ai déposé mon fils chez son père juste avant qu'ils ne partent pour l'aéroport. Il s'est retourné pour me voir par la lunette arrière et je suis restée les bras ballants. Puis, j'ai longuement pleuré, le front appuyé sur mon volant.
C'est toujours le mois de juillet. J'ai juste changé de point de vue.
Des bises
Marie