Inventaire à la Tamère, parce qu'il faut bien que les gènes aillent se loger quelque part.
Il faudrait toujours prêter attention aux signes. A chaque fois, on se dit a posteriori qu'on aurait pu éviter la catastrophe, mais dès que le destin se manifeste à nouveau, qu'il nous envoie un milliards de petits messages rouge vif, on fait le bourin et on fonce quand même. C'est dingue.
Là encore, c'était l'évidence même : je ne devais pas retourner travailler aujourd'hui. Non. je devais rester chez moi, au chez avec le Nathasamère, à mater des DVD et manger des pop-corn en bas de pyjama.
Vous ne me croyez pas ? Vous voulez que j'étaye ma démonstration ? Besoin de preuves tangibles ?
Chronologie :
4h02 : Une panne d'éléctricité généralisée frappe le canton. Des centaines de milliers de réveils programmés pour tirer leur propriétaires du lit entre 6h30 et 7h00 s'éteignent dans un pshiout déchirant.
8h25 : Le Nathasamère, à genoux sur le lit, secoue maman par les cheveux pour tenter de la tirer de son coma dépassé.
8h27 : Je réussis à grand peine à me décoller la joue de mon oreiller, bondis de mon lit, m'accordéonne le petit orteil contre le pied du sommier, me déboite l'épaule contre le chambranle de la porte et m'assied à côté de la cuvette des toilettes.
8h32 : Après moult jurons, je constate avec désespoir que tout le contenu du congélateur devra être cuit dans les 24 heures sous peine d'héberger rapidement une colonie de bêtes à beaucoup de pattes.
8h40 : Le Nathasamère est lové sur le canapé et biberonne comme si sa vie en dépendait ; j'en profite pour filer sous la douche. Je réalise rapidement que panne d'électricité rime la plupart du temps avec pas d'eau chaude et je serre les dents très fort en hallucinant sur l'effet de l'eau glacée sur mes nénés.
8h50 : Tout le monde est prêt à partir, mais rien ne sert de courir puisque l'école doit déjà être fermée et que c'est mort de chez mort pour la réunion de 9 heures.
8h51 : Ah, non, tout le monde n'est pas prêt, en fait. Je découvre que j'ai oublié les clés de la voiture dans le coffre avant de verrouiller les portières. Je remonte aussi vite que mes talons aiguilles me le permettent et retourne toute la maison pour retrouver le double des clés ... dans mon sac à main.
9h01 : Arrivée à l'école. La porte d'entrée n'est pas fermée à clé et je constate que, héhéhé, nous ne sommes pas les seules victimes du black-out (quoi, j'exagère ?!). En revanche, la maîtresse me remonte les bretelles jusqu'au cou parce que j'ai oublié d'apporter le gouter. Pour la 4é fois depuis le début de l'année...
9h20 : Monstrueux embouteillage à l'entrée de E. Tous les excités du klaxon se sont donné rendez-vous pour un gigantesque concert ; et que je te montre combien mon majeur est joli par rapport à mes autres doigts et que je vomis des grossiéretés pas la fenêtre ouverte et qu'est-ce-que t'avais besoin de me sucer les roues comme ça ducon regarde la tête de mon pare-choc maintenant je vais te tuer. Rien que du bonheur, comme dirait Nikos.
9h50 : J'arrive dans un bureau désert : il sont tous partis en réunion sans moi. Good, je vais pouvoir ecrémer tranquillement le contenu de ma boite mail. Ah, il faudra d'abord que j'ecrème ma messagerie vocale, qui m'annonce sans état d'âme que j'ai ... 19... nouveaux ... messages ... De trois plombes chacun, bien entendu !
9h53 : Le réseau mouline sa race. Je reboote ma machine une demi-douzaine de fois et suis tentée un instant de taper très fort l'écran avec mon clavier. Je ne renonce que parce que chef suprême fait une entrée fracassante (au sens propre du terme, puisque la poignée de la porte a fait un trou béant dans le mur) dans mon bureau.
9h58 : Fin de la longue engueulade de chef suprême, qui voit d'un très mauvais oeil que j'arrive avec près d'une heure de retard le jour de mon retour de vacances. Je me demande bien pourquoi, tiens...
Dans le même temps, mon ordinateur s'est ravisé et s'allume ... tout ... dou ... ce ... ment ...
10h02 : J'essaye d'empêcher mes yeux de sortir de leurs orbites à l'affichage de ma boite mail. Oui, oui, j'ai bien 187 messages non-lus. Ce qui sonne le glas de ma pause déjeuner avec les beaux yeux bleus du marketing. 'tain, c'était prévu depuis les calendes grecques et j'en salivais à l'avance.
13h30 : Mon ange gardien de secrétaire m'apporte un casse-croûte. A la première bouchée, tout l'intérieur se carapatte et s'ecrase sur mon chemiser blanc de chez Anne Fontaine. Qui m'avait coûté la moitié de ma prime de Noël.
14h10 : A la bourre pour une énième réunion à la flan, je galope entre deux bâtiments et coince dans un grille d'égout le talon de mes Jonak. Qui m'avaient coûté la deuxième moitié de ma prime de Noël. Maintenant, je ressemble tout à fait à Bruce Willis dans son film d'hier soir, en moins bien coiffée.
15h00 : Retour dans mon bureau, après une heure passée à essayer de persuader des oligophrènes ventripotents qu'être une fille n'est pas un facteur entravant mes compétences. Non, non, blonde non plus.
Alors, convaincus ? Ecoutez mon conseil, mes tendres, si vous la sentez mal barrée, la journée : restez au pieu.
Des bises, avec la chance que j'ai aujourd'hui, y'en aura bien un qui aura de l'herpès...
Marie
PS : Oh, la la, vous m'avez manqué les gars. Promis juré, je ne partirai plus jamais en vacances.
Enfin pas avant le 2 juin, que c'est le week end de la grrrosse fête de ma copine Manue à moi que j'ai.