Go Marie, it's your birthday !!
J'ai fermé les stores de mon bureau pour être sure de ne pas être dérangée : il s'est entassé, dans la banette du même nom, 1 semaine de dossiers urgents. Ils sont tous en formation et j'ai annulé ma participation. Le plateau est tellement silencieux que le bruit des touches de l'ordinateur, que j'enfonce frénétiquement prend des proportions hallucinantes. Depuis près de trois heures, je n'ai pas décollé le nez de l'ecran et je me dis qu'à ce rythme, il y a des chances pour que j'ai fini avant la prochaine aube. Je suis tellement concentrée que je n'entends pas la porte s'ouvrir.
Quand je lève la tête, il a posé une fesse sur mon bureau et me regarde avec un demi-sourire. Je ne dis pas un mot ; je le regarde déplacer méthodiquement tout ce qui encombre la table. Agrafeuse, téléphone, journaux, courrier, photos s'empilent sur le fauteuil. Son ménage terminé, il fait le tour du bureau. Je n'ai pas bougé, mains sur les genoux. Il fait pivoter mon fauteuil par le dossier et s'agenouille devant moi. Tandis qu'il s'attaque au boutons de mon chemisier, je m'abîme dans la contemplation d'un point imaginaire sur le mur en face de moi. Je ne le regarderai pas. Je ne le toucherai pas non plus. Il est venu à bout de mon soutien-gorge.
Seigneur, faites qu'il ait verrouillé la porte...
Il me tire par les mains pour me mettre debout. Je fais mentalement un rapide bilan : épilation ? Suffisamment récente pour ne pas l'éborgner. Sous-vêtement ? Coton blanc ; rien de transcendant, mais rien de honteux non plus. Collant ? Dieu bénisse les dim-up. Entre temps, il m'a assise sur le rebord de mon bureau. Mes chaussures tombent avec un ploc de balle de golf.
Il m'allonge d'un baiser autoritaire ; le fil de mon Palm me rentre dans le dos. Bras en croix, jambes pendant dans le vide, j'ai la position parfaite pour me faire opérer du genou... Mais il s'attaque à une zone bien plus en amont. Tout doucement. Du bout de lèvres. Je ne mettrai pas mes mains dans ses cheveux ; je vais garder mes bras collés au bureau, à l'équerre.
Ses mains sur mes hanches, sa langue à l'origine du monde. Pourvu qu'il ait verrouillé cette bon sang de bonsoir de porte.
J'aimerais qu'il aille plus vite et plus fort. Il ne fait que m'effleurer. J'aimerais garder le silence, prétendre que ses caresses m'indiffèrent. Les soupirs sortent malgré moi du fond de ma poitrine. Je mords mes lèvres si fort que, pour moi, le plaisir aura à jamais le goût du sang.
100 fois, j'ai pleuré et gémis. Pas une il n'a répondu. Quand enfin la délicieuse torture prend fin, il reste de longues secondes à me regarder, le regard dur et le sourire vague. Je viens de comprendre de quelle façon il me fera payer ces semaines d'attermoiement. Il est là, entre mes jambes et je lutte contre mes bras pour qu'il ne se tendent pas vers lui, qu'ils ne m'offrent pas en patûre à cet homme que je voudrais ne pas désirer. Je perds. Il regarde froidement mes mains et n'esquisse pas un geste. Je sais maintenant que la frustration ne sera pas mon seul châtiment; il me faudra m'humilier.
Je n'ai pas quitté ce bureau une seule fois. D'ailleurs, je n'ai rien fait. Il est resté maître du jeu jusqu'au bout, ne me permettant à aucun instant de prendre le contrôle. Quand j'ai voulu parler, il m'a fermé la bouche de baisers violents. Quand j'ai voulu me tendre vers lui, il ma plaquée contre le bois glacial de la table. Quand j'ai voulu me dérober à ses caresses, il m'a maintenu les poignets au-dessus de la tête.
Puis, quand il a estimé que j'avais été suffisamment punie, il est venu à l'intérieur de moi en me disant "je t'aime".
Et il n'avait pas verrouillé cette putain de porte.