Jack in the box
Le passé revient toujours par surprise et éclate en bulles amères. Plop, mon papa qui me manque et moi qui sanglote dans mon lit. Plop, maman qui pleure en épluchant les factures et nous qui chuchotons dans la chambre, comme on le fait lors d'une veillée funèbre. Plop, les crises d'angoisse de mon autre moi, ma soeur jolie au milieu de la nuit, qui ne cèdent que tard, quand je la serre fort dans mes bras et qu'elle finit par s'endormir, tremblante mais abandonnée. Plop, mon papy qui nous emmène à la pêche en nous appelant ses petits voyous et les pique-nique au bord du canal de la Marne-au-Rhin. Plop, les tranches de saucisson rouge que la charcutière nous offre en douce, dans le dos de mon papa, fervent opposant de ce qu'il appelle les saloperies semi-comestibles. Plop, Joseph McIntyre, mon premier amoureux qui m'offre les fleurs qu'il arrache dans le jardin de son dragon de mère. Plop, la boule dans la gorge le dimanche soir quand papa nous dépose après un trop court week end. Plop, "je déclaaaaare la guerre àààààà l'Angleteeeeerre" à la récréation. Plop, les stages de kayak avec uncle Rod qui ne sait pas que je déteste le kayak, mais que je suis très amoureuse de lui. Plop, les crèpes au sucre de Papy Jean qu'on sent dès le vestibule et qui nous mettent en transe. Plop, les galops à travers champs, quand le printemps a détrempé les sentiers. Plop, les petites pommes acides que l'été humide du Nouveau-Brunswick n'a pas eu le temps de mûrir et qui retournent l'estomac aussi surement qu'un tour en canot à moteur sur la Kenebekasis River. Plop, les séances d'essayage avec Bruna, ma gentille tante couturière et trop vite disparue. Plop, la glace menthe-chocolat que ma douce Evelyne m'a fait découvrir à La Rochelle et qui allait devenir une de mes raisons de vivre.
Mon enfance est en demi-teinte, douce-amère, douloureuse mais réconfortante. Mes chers fantômes, je vous aime.
Des bises
Marie