16 septembre 2005
The end
Oui, j'ai supprimé la note précédente. Elle n'était ni constructive, ni bénéfique.
C'est également ce que je prévois de faire pour ce blog, qui ne remplit plus, à mes yeux, le rôle que je lui avais dévolu.
C'aurait dû être mon espace intime, mon coin de toile à moi, mon ticket pour l'émancipation. J'aurais dû être en mesure d'y écrire tout ce qui me passait par la tête sans avoir à me préoccuper de la réaction de Pierre, Paul ou Berthe. Il me tenait pourtant à coeur, mon joli carnet virtuel. Mais il est devenu, pour trop d'indiscrets, de mal intentionnés, un petit bout de lorgnette par lequel me juger, encore et toujours. Et je m'en suis servie pour la première et la dernière fois à très vilain escient.
Je souhaite qu'il renaisse un jour de ses cendres, sous une forme différente, loin des regards familiers. Gentil lecteur, tu peux, si tu le veux, m'envoyer un petit message à l'adresse ci-contre et je te tiendrai bien volontiers au courant de mes nouvelles coordonnées. Je pourrais sans te perdre, parce que tu m'es cher, aller voir ailleurs si j'y suis. Tu m'y rejoins ?
Des bises, pleins, des tendres pour la Belette, des poilues pour mon préféré, des grandes comme ça pour Zacki, des parfumées à la poutine pour Zeugme, 10 pour zéro, des gros poutoux pour Abraham Kadabra, des trop injustes pour C4l1, des filiales pour M'amère, des sororales pour Eulalie, des Néerlandaises pour Tippie, des japonaises pour Maman de Sushi, des doubles pour Doublemum, des éthyliques mais littéraires pour Albert qu'à Bu, et puis d'autres encore, par millions pour Barnadé, FoM, Elle, L_isa, Rainette et tous ceux et celle qui m'ont accompagnée jusque là et qui me suivront (sivouplé...) autre part.
Je vous aime ben gros.
Marie
PS : Celles que je réserve à Ataraxie, je ne les mets pas là, elles sont grave censurées
12 septembre 2005
Le thé rue Georges Mandel ou y'a pas de mal à se faire du bien
Elle saisit l'anse d'une tasse Wedgewood fine comme du papier cigarette entre le pouce et l'index. Son autre main repose bien à plat sur sa cuisse - une main splendide, cinq ongles rouge sang de forme parfaite, de la caillasse de prix jusqu'à la première phalange de l'annulaire. Du coup, je fourre mes moignons rongés jusqu'au sang sous mes genoux, de peur qu'elle en vomisse ses scones.
Tout en elle est élégant. Pas un pli sur son corsage, pas un cheveu sortant de son chignon. Sa voix est posée, ses gestes gracieux, ses yeux impeccablement maquillés. Je ne réponds à ses questions mélodieuses que par onomatopées, parce qu'en comparaison, je coasse. En plus, j'ai la bouche pleine de ses délicieuses pâtisseries.
Parce qu'elle est excellente cuisinière. Et son intérieur est parfaitement tenu. On mangerait par terre, mais ce serait dommage, quand la porcelaine est si belle. Au salon, rien d'ostentatoire ; la table à thé assortie à la méridienne, le tapis d'Iran, le Ming en vitrine. Si je passais mon 50m² au chalumeau, j'aurais peut-être une chance d'échapper à la honte de la faire venir chez moi.
Sa conversation est raffinée, ses assertions appropriées. Elle a des idées passionnantes et on pourrait l'écouter des heures. Elle a le bon goût de ne pas rire de ses traits d'humour. Moi non plus, je ne ris pas ; j'ai des morceaux de myrtilles entre les dents.
Son regard s'illumine quand son époux nous rejoint. Il l'embrasse sur le haut du front et elle ferme les yeux de contentement. Elle le laisse parler, il l'écoute attentivement en hochant fièrement la tête, elle remplit sa tasse avant qu'il ne la tende, il se lève en même temps qu'elle quand elle part à la cuisine. Je m'efforce de ne pas penser aux cris, aux injures, à la vaisselle qui volait, aux portes qui claquaient et à la dernière gifle qui m'a laissée à moitié sonnée dans la salle de bain.
Sur la cheminée, trône, dans un joli cadre marquetté, la photo de leur dernière réunion de famille. Les cousins, les grands-oncles, les jeunes et les vieux se tassent sur le perron de la maison familiale pour tenir dans le champs. Il sourient, ils se tiennent qui par les épaules, qui par la taille. On devine qu'il ont passés tous leurs étés ensemble, que les repas du dimanche ont résonné des cris, des rires et des conversations animées. A notre dernier repas de famille, après l'enterrement de mon oncle Bernard, j'ai versé le contenu de mon assiette sur les genoux de ma cousine Céline, cette grosse conne. Ça a fini en bataille rangée.
Et soudain, la jeune fille au pair apparaît, traînant à sa suite le petit Paul. Mais putain, qu'est-ce que son fils est MOCHE !!!
Des bises,
Marie
07 septembre 2005
Y'a de la rumba dans l'air !
Du lever au coucher, cette journée aura été placée sous le signe de la castagne et des deux pieds dans la zut. Bon, je ne vais pas vous refaire le coup du réveil catastrophe à 8h15 pour partir à 8h20, c'est un classique chez nous. De même, je vous épargnerai les efforts surhumains qu'il m'a fallu déployer pour ne pas choper l'emplâtre qui me sert de fils par le revers du pyjama et lui décoller la pulpe du fond du caleçon pour qu'il s'enfile vite fait son cacao sans le répendre sur la table et qu'il bouge ses petites fesses plus vite qu'un limaçon sous bromazépam et qu'il saute dans ses fringues. Non, non, vous m'accuseriez de vous raconter sans cesse la même histoire.
C'est pour la même raison que je vous passerai les douze aller-retours et demi dans les escaliers parce que j'avais oublié mon portable dans un premier temps, mes clés de voiture dans un second, mon badge ensuite et tout à la fin mon portable, que j'étais sûre d'avoir laissé sur la table basse en tentant de récupérer le sac d'école de Monstrux sous le canapé, pour me rendre compte à mi chemin que je l'avais dans la main.
Non, je vais commencer le résumé de cette fête du Grand Merdier par la première baston.
Je largue le Nathasamère au bagne pile au son de la cloche de rentrée, soulagée de ne pas avoir, pour une fois, à supplier Cerbère (l'instit' de garde à la grille) de nous déverrouiller sa porte des Enfers. Nath, que j'ai stressé depuis le réveil pour qu'il mette le turbo, m'embrasse dans le vide et file comme un gardon en omettant de dire bonjour dans les règles au geôlier en chef. La grosse garce, rapide comme l'éclair et outrée de ce manque de considération, le chope au vol par la capuche et je peux entendre le misérable glouirg émit par mon fiston, dont la course et la respiration sont stoppées tout net. Bon, autant vous le dire tout de suite, je ne lui ai pas pété la tête, mais c'est uniquement parce que c'est contre ma religion. En revanche, je n'ai pas tendu la joue gauche de mon fils. J'ai saisi la grosse par sa jupe plissée et je l'ai traînée chez le Directeur où j'ai mis une souk, mes amis, on serait cru à la criée du Vieux Port.
Quand j'ai eu fini de dézinguer la vermine de l'Education Nationale, j'ai tenté d'assassiner les milliers d'automobilistes qui se massaient sur mon chemin. Je me souviens d'une en particulier, à qui j'ai appris un peu rudement le bon usage du clignotant en agglomération. Elle pensera sans doute à moi à chaque intersection, désormais.
En arrivant au bureau, j'avais tellement grogné, beuglé, juré, insulté et couiné, que quand j'ai dit bonjour aux collègues ma voix avait des relents de fourchette sur l'arcopal.
A la machine à café et alors que mon taux d'adrénaline le disputait à ma tension artérielle, j'ai dû m'enfoncer profondément les ongles dans la paume de la main pour ne pas éclater la vitre du distributeur Selecta avec la tête de Sandrine. Je me suis dit finalement que le pauvre distributeur ne méritait pas un tel traitement et qu'après, il faudrait bouffer tout le chocolat qu'il contenait et que ça, mon régime ne le supporterait pas.
Dans la matinée, j'ai allumé un petit con de manager du Marketing, qui insultait sa secrétaire au beau milieu de l'open space. Soit, la pauvre fille n'est pas réputée pour la fulgurance de son jugement, mais la traiter d'abrutie de blonde de merde devant tout le monde justifiait à mes yeux qu'il essuie la beuglante du siècle. Et tout l'étage en a profité.
Au déjeuner, la caissière de la cantine a refusé de me compter le menu à 2€ parce que j'avais remplacé le yaourt aux fraises par un yaourt nature. J'ai bien essayé de lui faire entendre raison, d'abord avec une pointe d'humour, puis en me fâchant, en vain. Le temps de parlementer, la queue derrière moi atteignait les 20 mètres. Je suis donc allée chercher un yaourt au fraises, l'ai décapsulé et écrasé sur son comptoir. Je n'ai pas mangé de dessert, mais pinaise, c'était bon !!
Au staff meeting, alors qu'en général je laisse mon équipe somnoler gentiment, il m'a pris l'envie de les secouer tous par les pieds pour en faire sortir les idées. J'ai sifflé dans mes doigts comme un charretier pour réveiller ce gros tas de larves ; Kim en est tombée de sa chaise. Depuis, elle m'évite comme si j'étais entourée d'un champs de force.
Le père du Nathasamère a constitué ma dernière et meilleure victime. J'avais laissé passer quelques sujets de frittage ces derniers jours, mais je me suis bien rattrappée ce soir, après un énième provocation (il faut bien l'avouer, un truc mineur dont je ne me souviens même plus). D'habitude combatif, il n'a pas moufté devant le déferlement de ma rogne. Quand j'ai eu fini, j'avais l'impression d'avoir vengé des années d'ingestion de couleuvres.
Et puis voilà, ce soir, Nath s'est allongé sur le canapé, la tête sur mes genoux et j'ai laissé gentiment retomber la vague de bile qui m'avait submergée ce matin. On a lu un Pomme d'Api, fait des jeux de mots foireux et ricané comme des nouilles.
Maintenant j'ai du mal à comprendre quel démon m'a agitée toute la journée...
Allez, sans rancune et des bises
Marie
01 septembre 2005
Amen
Je finis la vaisselle, pendant que le Nathasamère est supposé prendre sa douche. Je l'entends vaguement papoter avec lui-même depuis un moment, alors je délaisse mon costume de Conchita quelques secondes pour aller vérifier que tout va bien pour lui. Il est à genoux dans la baignoire, mains jointes sous le menton, tête baissée et les yeux clos. Il se balance lentement d'avant en arrière en psalmodiant : "Notre Père qui est soucieux, que ton nom soit saucifié, que ta gnagnagna et je connais pas la suite mais fait que la nouvelle maîtresse soit gentille avec moi et qu'elle me laisse aller faire pipi pendant la classe, parce que moi, ça me bloque quand y'a les autres qui me regardent".
Quand je pense qu'il en a tiré pour au moins 15 ans de ce régime de rentrée, ça me passe les tétons au presse-ail.
Des bises
Marie, Mère de Dieu.