30 août 2005
A black fly in your Chardonnay
C'est toujours quand tu commences à trouver que la vie à le goût de la confiture de roses, que le soleil donne tout juste un joli reflet abricot à tes avant bras et une mine appétissante à ton fiston, que ta nièce te tend enfin les bras au réveil, que tes côtes tirent un peu à force de rigoler, que tu n'es petit à petit plus réglée comme une métronome pour te réveiller à 8 heures tapantes, que les cercles noirs autour de tes yeux s'estompent peu à peu, que tu ne composes plus systématiquement le 0 avant chaque numéro de téléphone, que tes pieds s'entendent à merveille avec tes sandales, que ton portable est enfin mort dans un dernier biiip déchirant, que tu te dis que tu es fait pour cette vie de débauche et d'orgie et que tu te résouds enfin à te payer une carte d'abonnement au centre aquatique de Woolwich, qu'il faut tout ré-empaqueter, re-traverser ce putain de bras de mer à la con et réintégrer ta banlieue pourrie.
Isn't it ironic ? Ta gueule, Mauricette...
Des bises et hop, au boulot.
Marie
22 août 2005
Mamaaaaan, comment ça s'écrit Interneeeeeeet ?

13 août 2005
De l'inexorable influence de la testostérone
A une époque pas si lointaine, je me posait ici des questions sur l'orientation hormonale du fils de moi. Le caprice mémorable, au milieu d'un rayon d'Auch(i)an(t), pour qu'on lui achète les chaussons Barbie ; son goût douteux pour les princesse Disney ; sa façon de courir plus proche de celle de Baryshnikov que de Maurice Greene ; sa passion pour le maquillage... autant de petits détails qui me faisaient craindre que j'avais imprégné le pauvre enfant de trop de poudre de gonzesse.
Ce matin, le Nathasamère vient de faire sa grande entrée dans le royaume du vrai, du poilu, du gros malotru : à mon passage, il me claque les fesses et scande : "c'est à nous tout ça ?"
Depuis ce matin, mon fils est un mec...
Des bises
Marie
11 août 2005
Aïe...
L'estomac retourné comme une chaussette et calé bien haut dans la gorge.
La pompe qui résonne façon grosse caisse dans chaque centimètre carré de peau.
Le nez qui saigne en rythme du gros sang rouge et brillant.
Les yeux larmoyants et douloureusement mi-clos, un peu comme si on avait tourné les globes sur eux-mêmes et raccourci d'autant les nerfs optiques.
Les mâchoires vissées à l'articulation ; chaque ouverture/fermeture est un nouvel appel à la nausée.
La langue, enflée, à l'étroit dans la bouche sèche et pâteuse.
Les muscles du dos noués à craquer et la nuque raide comme un légionnaire en permission.
Les bras trop courts, trop lourds, trop gourds. Les chevilles qui rentrent dans les genoux qui rentrent dans les hanches qui rentrent dans les épaules, qui plient sous le poids de la tête.
Le cerveau qui coule en crème visqueuse par les oreilles.
Une respiration sur deux se termine en haut-le-coeur. Peut-être que si je n'inspire qu'une fois sur deux, ça réduira de moitié le risque de vomir sur mon clavier. Encore une heure de douleur hardcore et je me liquéfierai, je me désagrègerai, je flotterai au beau milieu de l'aura qui m'a annoncé, il y a deux heures, une nouvelle crise de migraine et que j'ai stupidement ignorée. D'ici là, il faut tenir.
Des bises, toi, mais douces sur mon front.
Marie
08 août 2005
Août cha cha cha...
C'est mort, ici. La grande bouilloire du processus budgétaire est retombée brutalement, laissant les survivants exsangues. Ceux, dont je suis, qui n'ont pas encore pris leurs quartiers d'été errent dans les couloirs à la recherche de quelque rumeur croustillante ou se terrent dans leur bureau pour que personne ne se rende compte qu'ils n'ont rien à faire.
C'est mort. Au réfectoire, c'est encore pire ; trois clampins sont affalés, coudes collés au formica, la tête entre les mains et l'on entend que le raclement des fourchettes et le grésillement du bassin de friture.
C'est mort. Tiens, qu'est-ce que c'est que ce ronronnement, en fond sonore ? Ah, c'est la clim'. Je ne l'avais jamais remarquée, noyée dans le brouhaha habituel des imprimantes, des téléphones, des conversations inter-open-space et du rire de hyène de Sandrine.
C'est mort. Je ne jouerai pas au démineur ; je préfère garder ça pour la fin de la semaine, quand j'aurai touché le fond du désespoir. Si seulement j'arrivais à me souvenir de toutes les Googles search que j'ai remises à plus tard faute de temps... Tiens, je vais envoyer des boulettes de papier machouillé sur le mur. Ça va bien me faire rigoler 7 ou 8 minutes.
C'est mort. Je serais prête à dégommer un sprinkler juste pour faire un peu d'animation, mais j'ai peur que mon chemiser en soie n'apprécie pas la douche. Ah, j'entends des pas ; c'est peut-être pour moi... Non, C'est un autre mort-vivant qui traîne dans les couloirs comme une mémé en deuil de son caniche.
C'est mort. Je ne me suis pas emmerdée comme ça depuis les cours de Sciences-Naturelles au lycée. Pourquoi est-ce-qu'on ne m'a abonnée qu'à des journaux chiants comme le Financial Times et les Échos ? Je ne peux pas avoir Voici ou Gala, juste un mois par an ? C'est pas comme si on était trop payés pour pouvoir se le permettre, non ?
C'est mort. Je ne peux même pas torturer mon petit nouveau, parti pour deux jours en formation. Marion est en train de se faire dorer la pilule sur la côte sauvage, Dieu la tripote. Le Super-Chef, lui, martyrise probablement femme et enfants quelque part entre Djerba et Hammamet. R. a fini ses cartons et profite sans doute de ses trois semaines de congés pour peaufiner son discours d'adieu.
C'est mort. Le petit nouveau a torché tout mon classement, rangé mes tiroirs, virés les fichiers temporaires de mon PC, tout ça en 2 jours. Qu'est-ce que je peux faaiiiiiiiire ? C'est même pas une heure décente pour appeler la Milousette, pour cause de sieste. Pinaise, je m'emmerde !
Et qu'est-ce qu'on fait quand on s'emmerde au bureau et qu'on a personne sur le râble pour vérifier qu'on fait présence ? On prend sa veste et on fonce faire des cartes bleues chez H&M ! C'est pour la bonne cause...
Des bises
Marie
04 août 2005
Secrétaireuh de Directiooooon, je suis secrétaireuh de Directioooon...
Y'a pas à dire, je suis très fan de l'évolution des moeurs ! Elle vient de m'attribuer, pour remplacer ma secrétaire-chignon-tailleur-chaussures méphisto partie s'occuper de son jardin et de son club de bridge, un grand gars bien barraqué aux yeux myosotis.
Benjamin se présente au téléphone comme mon assistant personnel... Je sens que je vais avoir grand besoin d'assistance dans les prochaines semaines...
Dieu bénisse la pré-retraite et les biscottos sous les chemises Paul & Joe.
Des bises, rhhaa, oui, plein de bises partout partout, je me sens toute émoustillée !!
Marie
01 août 2005
Pierre
Son père avait été le best man du mien et vice versa. Sa mère et la mienne passaient leur temps et leur argent en conversations téléphoniques transatlantiques, à piapiater sur tout et sur rien. Ils s'entendaient tous comme larrons en foire. Il débarquait tous les étés avec ses 3 frères et soeurs, ses parents et leur chien, dans notre maison de campagne, transformée pour deux mois en gigantesque camp de vacances joyeusement bordéliques.
Il était de 6 ans mon aîné et nos parents racontaient, goguenards, qu'il était fou de moi depuis qu'il m'avait aperçue, de l'autre côté de la vitre de la nurserie. Quand j'étais encore bébé, il venait me chercher au petit matin dans mon lit à barreaux et me gardait avec lui jusqu'au réveil des adultes, malgré les crises d'hystérie de ma mère, qui voyait d'un mauvaise oeil que ce gnome manipule sa première née comme un poupon de célluloïde. Mais, constant, il continuait à me prendre sur ses genoux dans le grand rocking chair pour me chanter des comptines.
Plus tard, je le suivais partout. Quand il enfourchait sa bicyclette pour foncer sur les 5 kilomètres de route poussiéreuse qui séparaient la maison du petit magasin, je n'avais pas besoin de le supplier longtemps pour qu'il accepte de me prendre sur le porte-bagages. Arrivés là, il dépensait tout son argent de poche pour m'acheter de la réglisse, dont j'étais folle. Jamais il n'a pu sortir son kayak ou le canot à moteur de papa sans être sommé par le petit tyran que j'étais de m'emmener avec lui. Et il en semblait ravi.
Le soir, devant la télé, nous partagions le même fauteuil bicentenaire, dont un ressort cassé nous obligeait à nous tasser l'un sur l'autre, tout contre le dossier. Il m'expliquait les films et me cachait les yeux quand il estimait que les images étaient par trop choquantes pour mon jeune regard. Comme il avait le droit de s'approcher de la grande cheminée, il y faisait griller mes guimauves et soufflait dessus pour que je ne me brûle pas.
Lui qui se battait comme un chiffonnier avec son frère et qui lui collait régulièrement des peignées d'une violence rare, il était avec moi d'une patience et d'une douceur angélique. Je pouvais faire de lui absolument tout ce que je voulais. Je me souviens l'avoir maquillé, habillé avec les vieilles robes de maman et l'avoir appelé Christine toute une journée sans qu'il ne s'en plaigne un instant. Il a passé un nombre incalculable d'heure à tenter de m'apprendre les règles des échecs, les fables de La Fontaine, à batter comme les pros, le nom des différentes sortes de bestioles multipodes qui grouillait au jardin, les meilleures galets à ricochets, comment enfiler un ver sur l'hameçon, à faire mes lacets, comment écraser les groseilles entre langue et palais pour qu'elles ne fassent pas monter les larmes. Il a couru des kilomètres derrière mon vélo privé de ses roulettes et traversé ronces et orties pour récupérer la balle de base-ball que je prenais un plaisir sadique à y envoyer.
Nos parents disaient en riant qu'ils finiraient par nous marier et que nous ferions de beaux enfants.
Puis, la maison au bord de la rivière a été vendue et nous nous sommes retrouvés du même côté de l'océan.
A 17 ans, il a integré l'École de l'Air de Salon-de Provence et nous ne nous sommes plus vus. Les seules nouvelles que j'en avais transitaient par papa, qui le voyait de temps à autres au centre de parachutisme.
L'été de mes 16 ans, lorsqu'il y fut l'instructeur de mon stage d'initiation, nous ne nous étions pas parlé depuis plus de 5 ans.
Il était devenu extrêmement séduisant ; j'étais devenue une femme. Et comme de sauter ensemble d'un avion à s'envoyer en l'air il n'y a qu'un pas sémantique, il fut également mon premier amant. Il était incroyablement doux et prévenant, me murmurait mille tendresses à l'oreille.
Il avait, une fois de plus, joué son rôle d'initiateur aux choses de la vie. Je n'ai jamais plus aimé un homme comme je l'ai aimé cet été là. Et si nous ne nous sommes pas mariés, comme nos parents en rêvaient, il a quand même été mon premier et unique époux de l'âme.
Maman m'a téléphoné ce matin. Pierre vient de sombrer dans un coma profond et irréversible, provoqué par la sclérose en plaque que les médecins lui avaient diagnostiquée il y a tout juste 1 an.
Et monte en moi la peur panique que sa dernière initiation ne soit celle du veuvage.
Des bises
Marie
