29 juin 2005
L'acide lactique rend amnésique
Ne pas penser aux deux jours à venir ... juste sentir l'air saturé brûler mes bronches à l'acide.
Ne pas penser aux 27 soirs où je ne pourrais pas embrasser mon fils, pour cause de partage équitable des vacances ... juste me concentrer sur le balancier de mes bras.
Ne pas penser aux sombres couloirs du Tribunal d'Instance à arpenter le 4 juillet à 16h30 ... juste calquer le rythme des foulées sur celui de la ligne de basse.
Ne pas penser à la jolie pile bien rangée de factures non acquittées qui s'amoncellent sur mon bureau ... juste sentir la poussière du chemin voler sous mes talons.
Ne pas penser à celui qui voudrait bien mais ne peut point, hésite, lanterne et tergiverse ... juste compter deux expirations pour une inspiration.
Ne pas penser à la moitié de moi qui manque, de l'autre côté de ce foutu couloir de flotte ... juste laisser la sueur me couler dans les yeux et entre les seins.
Ne pas penser qu'il y a déjà 5 ans aujourd'hui, Le Nathasamère me laissait le bas ventre en capilotade et éclairait sur son passage toute l'existence d'une lumière aveuglante ... juste me saouler de fatigue et d'endorphines.
Et courir comme si j'avais le diable en personne aux trousses ... juste courir jusqu'à ce que la boule dans ma gorge se dissolve dans l'acide lactique.
Des bises
Marie
27 juin 2005
Up and down
Domenico m'a fait une nouvelle tête. Mais si, vous connaissez Domenico ! Je vous en ai déjà parlé là.
Alors, après mon marathon du dodo, j'avais une tête à faire peur au loup : le vichy de l'oreiller imprimé sur la joue et tout ou partie de la perruque crêpée sur le dessus du crâne. Après avoir longuement hurlé devant le miroir de l'entrée, j'ai foncé chez Domenico et je l'ai imploré de me sauver la face.
Domenico m'a sussuré à l'oreille : "zé vé té faire oune massaze dou couir cévélou y snip snip (en joignant le geste à la parole), zé vé tout couper". On y a passé trois heures en tout.
Je suis donc sortie du week end avec une dette de sommeil effacée, une nouvelle tête et une folle envie de violer mon coiffeur.
Et ce matin, la nouvelle est tombée comme le plat de ma main dans la soupe, plaf ! C'est moi qui me farcis la réunion en Allemagne. Départ jeudi matin à 6 heures pour le trou du cul de la Ruhr et retour vendredi soir après 2 jours à me coltiner ces bras cassés de l'équipe allemande. Wooohoooo !!
Des bises
Marie
24 juin 2005
Narcoholic
Je ne sais qui je dois blâmer, des agités du bocal me servant de chefs et qui me font tourner en rond comme une mouche bleue autour d'une bouse, du grand déregleur de chauffage central qui fait dégouliner le bon peuple, mes jambes comme celles du gracieux hippopotame Jacinthe et mes plantes vertes identiques à celles de l'aéroport de Djakarta sous Sani-Cola* ou de mon abruti de voisin qui vient de se découvrir une passion nocturne pour la traction d'armoire normande sur carrelage, mais ma récente tendance à l'insomnie vient de s'inverser brutalement. Rien que la longueur de la phrase précédente m'arrache des bâillements à m'en démantibuler la mouille. Ou peut-être que je récupère tout simplement de toute une semaine de veille forcée.
Toujours est-il que je me retrouve à piquer du nez dès que le rythme se ralentit un chouïa. Et autant, finir la plupart de mes mails professionnels par des lurbgMBUFEMZKUR bu!mç)tao'çh'ziffhe, tapés d'une joue pesant tout le poids de ma tête sur mon clavier n'est pas dramatique en soi, autant être réveillée par mon propre klaxon, actionné par mon front entrant violemment en contact avec le volant, alors que je me suis endormie en laissant passer trois feux rouges, peut prendre des proportions embêtantes, surtout si j'ai par là-même provoqué trois kilomètres de bouchons et que je manque de me faire lyncher par la foule en colère. Vous marrez pas, c'était ce matin même et j'ai failli ne plus être là pour vous le raconter !
Je suis épuisée et j'ai l'impression que je n'aurai pas assez de toute ma vie pour assouvir mon besoin de dodo. C'est pas possible, quelqu'un a dû piler tout un flacon de Noctran dans mon porridge...
Ce week end, et si ma grand-mère n'est pas prise d'une autre subite envie de me torturer, c'est décidé : je ne vois pas le jour ! Je sens que je vais vivre une grande histoire avec mon oreiller.
Des bises et si vous n'avez pas de nouvelles de moi dans quelques jours, prévenez les secours, c'est que je suis restée collée.
Marie
* Vol 714 pour Sydney, bande d'ignares
22 juin 2005
Un petit jeu ? Ouaiiiis, un petit jeu !
Lors d'un test psychotechnique on m'a soumis l'exercice suivant, en m'assurant qu'il me serait impossible de le terminer un une seule fois. Ca m'a pris 45 minutes, mais j'ai réussi...
Ca vous tente ? Il vous suffit de trouver à quoi correspondent les initiales.
A vous de jouer ...
- 7 M du M
- 5 D dans une M
- 12 S du Z
- 54 C dans un J de C
- 9 P dans le S S
- 88 T sur un P
- 32 D F pour que l’E G
- 18 T sur un T de G
- 90 D dans un A D
- 4 A dans un J de C
- 52 S dans une A
- 24 H dans une J
- 1 F n’est pas C
- 11 J dans une E de F
- 29 J en F dans une A B
- 64 C sur un E
- 40 J et 40 N dans le D
- 3 T dans une B de B
- 12 O dans une D
- 10 C de D
- C des 1001 N
- 3 C de B : JRB
- 60 S dans une M
- 12 A de J
- 7 N de B N
- A B et les 40 V
- 4 P C : N S E O
- 6 F sur un D
Des bises
Marie
21 juin 2005
Working Marie... so far...
C'est mon premier budget que je boucle. Enfin, mon premier en tant que responsable d'un centre de coût.
J'ai tout bien fait comme il faut. J'ai suivi la procédure à la lettre. Ce soir avant de partir, je n'ai plus qu'à envoyer mon mémorandum à tous les membres du Comité Exécutif. Je l'ai tapé un peu vite, mais c'est souvent comme ça, quand on atteint l'ultime étape d'un marathon qui aura duré 3 semaines. Et puis j'ai tellement jonglé avec les chiffres, j'ai bataillé dans tellement de réunions électriques pour les faire avaler à la hiérarchie, que j'en connaissais le contenu avant même de le coucher sur papier. Je sens monter en moi une irrépressible vague d'orgueil en voyant passer les 5 feuillets dans le fax. Lentement, page par page, la pression retombe...
La machine crachouille la dernière feuille, que je récupère : y est détaillé tout le plan salaire et il ne faudrait pas que ça tombe entre d'indélicates mains. Je retourne la feuille et, en attendant l'accusé de réception, je relis machinalement les dernières lignes... Un truc éclate dans ma gorge, bang bang...
Là, tout en bas, juste après un très correct "n'hésitez pas à me contacter pour toute question et/ou commentaire" et juste au-dessus de ma signature, on peut très distinctement lire "je vous remerde de votre attention".
Le temps de réaliser ce que je viens de faire, l'accusé de réception sors de la machine, me signifiant que mon message vient d'arriver sans encombre à destination.
je crois que je viens de battre mon propre record du monde.
Des bises
Marie
19 juin 2005
Tatie Danielle ? Pfff, petite joueuse !
Quand j'étais petite fille, je piquais des groseilles à maquereaux dans le jardin du voisin. Ces petites boules vertes, je tremblais avant de les mettre sur ma langue ; je les prévoyais terribles et elle se révélaient chaque fois pires. Leur acidité me faisaient monter les larmes et me tordaient immanquablement l'estomac. Et pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher d'en manger.
J'ai encore fait le coup des groseilles, aujourd'hui...
Quand ma grand-mère a appelé pour que je l'emmène en courses, je savais que j'allais vivre un après-midi d'enfer. Mais j'ai dit oui quand même.
Le temps d'aller la chercher, vers 14 heures, Le Nath et moi avions déjà à moitié cuit dans la voiture. J'ai sonné à l'interphone ; elle a répondu qu'elle descendait. Ce qu'elle a fait 15 minutes plus tard. Suffisamment pour que mon fils prenne une jolie teinte cramoisie et que ma langue double de volume. Le thermomètre extérieur marquait 37°. A peine descendue, elle est remontée chercher ses lunettes de soleil, oubliées sur le meuble de l'entrée et n'est redescendue que 10 minutes plus tard. Capital patience un peu entamé...
En chemin vers le centre-ville, elle s'est montrée volubile. Tout y est passé : mon nez percé, les cheveux trop longs de mon fils, la poussière sur le tableau de bord, l'imperceptible petit bouton sur mon front, mon divorce... 20 minutes de diarrhée verbale discontinue. Capital patience réduit de moitié...
Comme toute la population nord Seine-et-Marnaise s'était donné rendez-vous là, il a fallu tourner un moment avant de trouver une place de parking. Elle a décidé qu'elle descendrait de voiture pour m'aider à faire ma manoeuvre. Moi qui suis la reine incontestée du créneau, de la voir gesticuler comme un agent de piste au milieu de la chaussée et manquer d'éborgner trois passants, ça m'a complétement déconcentrée et j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois. Elle a commenté le fait que mes pneus avaient frotté contre le trottoir pendant 10 minutes. Capital patience pompé au trois quarts...
Elle s'est mis en tête d'acheter des chaussures à mon fils. mais comme elle ne trouvait pas exactement ce qu'elle voulait, il fallu se farcir tous les magasins de la rue piétonne et faire essayer au pauvre Nath une bonne centaine de paires différentes. Et toute plus affreuses les unes que les autres. Elle a trouvé que finalement, la première paire du premier magasin valait le coup qu'on fasse tout le chemin en sens inverse. Le pauvre gamin a dû dire merci mémé, qu'elles sont jolies mes nouvelles sandales de touriste allemand marron caca d'oie. Capital patience quasi épuisé...
En chemin vers le supermarché, on a rencontré 3 de ses connaissances. A raison de 20 minutes de conversation (et on n'a plus de saison, et ils nous détraquent le temps avec leur nucléaire, et tous ces étrangers qui mangent notre pain, et de notre temps c'était tellement mieux...) avec chacune sous un cagnard de plomb, le Nath a eu le temps de se liquéfier sous sa casquette et moi, de me laisser submerger par mes envies de meurtres. Capital patience dans le rouge - danger...
Au supermarché, elle a commenté la qualité et le prix de chacun des produits qu'elle entassait dans son chariot. Puis, elle a engueulé le commis aux légumes comme du poisson pourri, parce qu'il essayait soi-disant de lui refiler des tomates blettes. J'ai bien cru qu'il allait lui envoyer une mandale, mais le voir se contenir m'a redonné du courage. A la caisse, elle m'a envoyée lui chercher du beurre, puis du sopalin, puis du vinaigre, puis reposer le beurre. Emprunt sur 10 ans pour renflouer le capital patience...
J'ai dû me fader les 12 sacs de courses à porter jusqu'à la voiture, toujours sous une chaleur écrasante. J'en garde des bras un peu plus longs qu'avant et des crampes dans les épaules. Quand elle a fait mine de s'arrêter pour regarder les vitrines, j'ai continué à marcher en serrant les dents et je me suis fait traiter d'ingrate ; elle qui venait de se fendre d'une splendide paire de chaussures pour mon fils, je pouvais quand même faire preuve d'un peu de reconnaissance ! Là, c'est le mot "machette", qui m'est venue en premier à l'esprit. Patience ? Qu'est-ce que ça veut dire, patience ?
Sur le chemin du retour, elle avait sa bouche toute pincée et elle n'a rien dit du tout. J'ai fait quelques exercices de zen et tenté de me raisonner. Après tout, elle est vieille et seule. Elle nous aime mais ne sait pas comment le montrer. Elle a vécu des choses terribles qui ont dû l'endurcir...
J'ai remonté ses 25 kilos de courses au troisième étage (sans ascenseur) et l'ai aidée à tout ranger dans les placards. Quand il a été l'heure de partir, elle m'a dit : "Tout de même, je ne te demande pas grand-chose, m'emmener faire les commissions une fois de temps en temps. Tu pourrais le faire avec moins de mauvaise grâce !"
Je vous remercie tous de vos nombreuses suggestions pour m'aider à retrouver le sommeil, mais je crois que mémé viens de vous coiffer au poteau. Une journée de magasinage avec elle et je me sens prête à dormir pendant 24 heures d'affilée.
Des bises
Marie
17 juin 2005
Il est mort le sommeil, il est mort...
Je suis née avec mouche tsé-tsé integrée. Enfant, j'étais capable d'enquiller des nuits de 18 heures, si personne ne venait me tirer de ma couette. Une vraie bûche. Mes parents m'ont fait passer tous les tests imaginables, histoire de s'assurer que je n'étais pas atteinte d'une tare incurable. Mais non, je suis juste estampillée gros loir.
Un jour, je me suis endormie sur un banc dans la cour, à la récréation de 10 heures et comme personne ne s'est aperçu de ma disparition avant, j'ai pioncé là jusqu'à la sortie, vers 16h30. Un vrai phénomène de foire.
Et avec ça, je suis capable de trouver le sommeil dans à peu près n'importe quelles conditions : une bonne vieille planche à clous et hop, Marie entame sa sieste. A la belle époque des folles sorties en boite de nuit, j'ai même réussi à piquer du nez dans la salle "techno" de la Loco, la tête appuyée contre une enceinte.
Quand mon fils est né, j'ai eu des sueurs froides en pensant que je ne serais jamais capable de me réveiller pour le nourrir. Et, si je me suis, par miracle, levée au moindre de ses grognements, je ne peux pas jurer avoir été totalement consciente à chaque fois.
Des années de couchage tête-bêche avec la Milousette, ses orteils dans mes narines ; une décennie de partage de pieu conjugal avec l'homme qui, la tête à peine posée sur l'oreiller, se prend pour une mobylette kittée ; une têtée toutes les 3 heures, puis 12 interventions d'urgence par nuit, pour s'assurer que nonon, il n'y a pas de monstre sous le lit ; quelques mois de shootage à la fluoxétine ... rien n'y a fait ! J'ai un sommeil de plomb. Enfin, j'avais, jusqu'à cette semaine.
Je me suis réveillée à exactement 2h27 dans la nuit de lundi à mardi et n'ai pas réussi à fermer l'oeil depuis. Pas sommeil. En pleine forme. Prête pour le marathon. Super énervant...
Ah, c'est sûr, ça me fait gagner un temps fou pour la paperasserie administrative et je suis incollable sur les programmes de la nuit de TF1. J'ai même passé une bonne partie de la nuit dernière à récurer ma baignoire à la brosse à dents. Mais là, quand même, je commence à voir des petits moucherons...
Des bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Marie
14 juin 2005
L'envie
Au bac à sable, déjà, le petit d'homme se montre très peu enclin à se contenter de ce qu'il possède. Il est là, il tapote gentiment le fond de son seau avec sa pelle ; sa maman le couve du regard, prête à dégainer le kleenex (la morve au sable, elle n'aime pas maman...) ; le monde tourne au rythme de ses tremblements de lèvre inférieure. Il sait qu'il sera nourri avant la faim, que la triple épaisseur de coton imbibé de pisse et les élastiques "là" le garantissent de toute intrusion silicée (malheureusement pas des oxyures, mais c'est une autre histoire) et qu'un jour viendra où il flinguera papa pour épouser maman. Il devrait être heureux.
Il suffit cependant que débarque un autre lardon dans l'idyllique tableau, pour que le petit d'homme fonde un fusible et exige scéance tenante la pelle rouge de l'intrus. Quoi la bleue est bien aussi ? Tu rigoles ? Il VEUT la rouge.
La vie du petit d'homme ne sera qu'une succession de ces instants de frustration intense. Le petit d'homme a toujours une pelle rouge après laquelle courir.
D'où vient-elle, l'envie ? Le besoin, j'ai bien compris le concept. Si tu ne l'assouvis pas, tu meurs. Ou tu exploses, ce qui n'est pas beaucoup plus réjouissant. Mais l'envie, hein, d'où elle vient ?
Tu passes ton temps et ton énergie à te construire une vie pas trop désagréable là où tu te trouves. Un appartement joliment décoré avec des géraniums sur le balcon, un boulot gratifiant, des enfants brillants et bien élevés, des potes marrants... Et subitement, l'envie d'être ailleurs te prend, te retourne et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tu es prêt à jeter aux orties tout ce pourquoi tu t'es battu jusque là.
Tu es sûr de toi, tu sais ce que tu vaux, tu marches la tête haute et le claquement du talon sonore dans la rue. Tu t'aimes bien. Soudain, tu croises l'intrus du bac à sable et sans que tu saches pourquoi, tu a terriblement envie de ses godasses, son mec, son boulot, sa vie. Toi, à côté, tu trouves que tu pues.
Tu sors de table et tu as les dents du fond qui baignent. Tu as tassé le tout avec une bonne Marlboro rouge et fait sauter le premier bouton de ton 501. Tu te dis que rien jamais ne pourra plus entrer dans ton estomac. Tout à coup, la télé te susurre à l'oreille que rien, décidément ne vaut une glace Hägen Dasz. L'envie balaye tout sur son passage, y compris la perspective de sangloter demain matin, quand ta balance t'annoncera d'un voix désincarnée que tu as ... pris ... 500 ... grammes ... depuis la dernière pesée.
Tu as juré devant Dieu (ou toute autre autorité équivalente) que le prochain mec que tu laisserais dégraffer ton soutif' serait le réanimateur de la maison de retraite où tu ne manqueras pas de finir tes jours. Le célibat est ton crédo, les hommes, tous des salauds d'éjaculateurs précoces. D'ailleurs, elle est pas belle, ta vie de célibataire ? Tu peux garder tes chaussettes au pieu, y laisser autant de miettes de biscottes que tu veux, chialer en matant le téléfilm de l'été sur la une. Tu n'abandonnerais ces privilèges pour rien au monde, hein ? Attends que le premier clampin un peu musculeux te passe sous le nez et tu verras, le pouvoir de l'envie. Elle raccourcira tes jupes, mettra le feu juste en dessous et tu ne tarderas pas à danser sur les cendres de tes belles promesses.
Ça me désole de l'avouer, mais depuis le bac à sable, je n'ai guère évolué...
Des bises
Marie
11 juin 2005
Ballade irlandaise
Viens, on ouvrirait la capote de la voiture et on taillerait la route.
Viens, l'air serait chargé du parfum de la terre humide et on n'aurait pas assez de nos bras pour embrasser le vent.
Viens, ton bras autour de mon cou et ma tête sur ton épaule, on regarderait défiler les chemins pierreux.
Viens, on ne dirait rien, on ne ferait qu'écouter la musique qui prélude aux vacances.
Viens, on oublierait les téléphones, on y serait pour personne.
Viens, on avalerait les kilomètres et on laisserait derrière le laid et le sale.
Viens, quand on aurait faim et soif, on s'installerait dans l'herbe pour y tendre la grande nappe à carreaux rouge et blanche ; on y s'y gaverait de fruits, de vin rosé et de baisers.
Viens, je mettrais mes pieds sur le tableau de bord et je me laisserais bercer par les lacets de la route.
Viens, on tremblerait chaque fois qu'au détour d'un virage, on croiserait un camion de bétail, sur le chemin étroit qui mène au village.
Viens tu chanterais à tue-tête par dessus l'autoradio et ça me ferait râler.
Viens, on jouerait à "le dernier qui voit la mer offre la première pinte" et je te laisserais encore gagner.
Viens, on arriverait au crépuscule et la maison surgirait de derrière une colline, comme à chaque fois, quand on croit qu'on s'est perdus et qu'on s'apprête à faire demi-tour.
Viens, la clé aurait du mal à tourner dans la vieille serrure et la porte ferait un boucan du diable, réveillant le vieux chien.
Viens, tu ferais un feu dans la cheminée pendant que je tends le lit de rudes draps de flanelle blanche.
Viens, on écouterait les bruits de la nuit, la mer qui lèche le mur du jardin, le grand-duc qui se plaint à la lune et les brindilles humides qui crépitent dans l'âtre.
Viens, on serait bien, allez, viens.
Des bises
Marie
09 juin 2005
Bientôt...
Le soleil frappe au carreau et comme je ne lui réponds pas, il se faufile et caresse doucement mon bras. L'été avance à pas de loup ; bientôt, on sirotera le panaché aux terrasses, mon caméléon de fiston prendra sa couleur caramel et les fenêtres resteront béantes sur la nuit moite. Bientôt, je m'abandonnerai benoîtement à la joie des beaux jours revenus.
J'ai bouclé mon budget. Le dossier s'est refermé définitivement sur 2 mois de réunions houleuses et d'heures supplémentaires non-payées. C'est du bel et bon travail. Bientôt, j'en lèverai haut le menton d'une légitime fièreté.
J'ai choisi cette petite robe bleue pour qu'elle souligne la couleur de mes yeux. Ses manches fluides dissimulent parfaitement les toutes nouvelles rondeurs de mes épaules trop blanches. L'effet est garanti aux feux rouges et au réfectoire. Bientôt, je me sentirai légère, portée par les regards qui convergent vers moi.
J'ai un nouveau billet d'Eurostar tout neuf, qui porte les même dates qu'une nouvelle grosse fête Londonienne. Là, m'y attendront des doux, des drôles, des beaux, des qui m'aiment et tous ensemble, nous communierons dans l'insouciance de ceux qui se contentent de ce grand peu. Bientôt, je trépignerai puérilement et battrai des mains d'impatience.
Il y avait un message chaleureux et prometteur dans ma boite. Milousette a parié sa chemise en soie sauvage que c'était un chic type. Ses mots sont autant de petites gouttes fraîche de rosée sur les noeuds de mes nerfs. Il semble si proche qu'en tendant loin mon bras, je pourrais presque toucher ses doigts. Bientôt, je danserai la gigue et oublierai les promesses solennelles lancées au ciel, un soir de désespoir.
Mais pour l'instant, tout en moi est tendu vers l'enveloppe oblongue qui trône, depuis hier, sur la table du salon. Je ne l'ai pas ouverte ; je n'ai même pas besoin de la regarder. Je sais déjà qu'elle contient le début et la fin, la peur et le soulagement, ce que j'attends depuis si longtemps mais que je redoute plus que tout.
Elle contient l'impersonnel courrier du Juge aux Affaires Familiales, qui nous convoque à la dernière audition. Bientôt, je serai officiellement divorcée.
Des bises
Marie